André Stevens, Un jour en transit par tout temps– éd. L’Harmattan – Carnets de voyage – 236 pages – 22 €

Ancien consultant de l’Unesco, André Stevens a sillonné le monde pendant des dizaines d’années pour des missions de découverte, d’analyse, de sauvegarde ou de restauration de sites historiques. Il nous présente dans ce recueil ce qu’il appelle des « textes photos », écrits lors de ses « vides professionnels ». Il nous restitue ainsi de manière pittoresque des impressions instantanées, éventail de personnes ou de situations qui n’ont pu être fixées sur pellicule : soit que l’événement se prolonge, que la lumière ne soit pas bonne ou qu’il paraisse inconvenant de prendre une photo. Il a trouvé ce moyen de ne pas laisser se perdre ce qui lui semblait digne d’être conservé.
Le recueil est divisé en quatre parties, qu’il appelle « portes ». Les poèmes ainsi classés nous font voyager entre pierres et paysages, hôtels et avions, mais aussi au coeur de la vie des gens. Ce sont des portraits pris sur le vif, des anecdotes observées ou vécues par lui-même, rapportées avec une grande force d’évocation.
Tente abri : Il y a le petit tas noir / accroché au trottoir / en forme d’une femme et d’un enfant / dont se jouent les passants / comme d’une poubelle / et les pieds qui passent tendent toujours un peu plus / le voile noir qui est la maison / de la femme et de l’enfant (Souks d’Alep, Syrie, 1971).
L’auteur, sensible à la détresse humaine, évoque souvent des êtres en souffrance, solitaires, âgés, éclopés, infirmes, mendiants, soulignant l’indifférence ou, au contraire, l’aide apportée, comme dans Des yeux qui voient par d’autres : Aveugles / Importance / l’épaule de l’enfant / une par aveugle / une par main d’aveugle / un aveugle par épaule / un enfant pour deux aveugles (En brousse, Bénin, 1978).Il est interpellé par le sort misérable du « vieux enloqueté parmi les loques », qui se demande  pourquoi se lever, il fait plus chaud parmi les crasses » et de cet homme « chiffonné en chiffon / qui pisse sa bouffe / qui vit de la vie de la chèvre et de la poule / qui occupent les lieux […] lui assis exclu des autres / prié de rester à l’air libre / là où ça n’ennuie personne / prié de devenir chiffon / avec un maximum de trous (Sur le lit d’un rail, Bénin, 1978). Il s’agit bien d’un homme, nous précisait le titre.
L’auteur a l’humour fataliste quand il affirme que « la galette améliorée de la poussière des trottoirs » se vend mieux ou quand il voit la femme « porter devant l’enfant attendu / porter derrière l’enfant venu / porter au-dessus la corbeille des bagages / porter l’enfant au sein / porter les mains à la corbeille en cas de vent […] et l’homme qui ne se porte que lui-même […] si fatigué / qu’il est tombé / sous son propre poids ».
A lire, pour qui veut voir le monde sans quitter son fauteuil !

Isabelle Fable