Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie
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Joseph

Felix Timmermans, Sint Nicolas dins les Rûjes, trad. en wallon de la région de Charleroi par Jean-Luc Fauconnier. Ed. Tintenfass.

Felix Timmermans, Sint Nicolas dins lès rûjes, mètu an walon dèl réjion di Châlèrwè par Jean-Luc Fauconnier, ill. de Else Wenz-Viëtor, éd. Tintenfass. Crombel, Môjo dès Walons, Charleroi.

id, Sint Nicolas Rèyûs’, èrmis in picârd (dè Douvrègn-Bôdoûr) pa Rose-Marie François.

 

Le texte de Felix Timmermans, par sa naïveté, sa bonhommie, se prêtait merveilleusement à la mentalité wallonne, et les deux traducteurs ont fait merveille dans le récit de ce charmant conte. Les personnages sont fermement campés, un peu à la manière de Dickens, avec des contours bien dessinés, et les dialogues sont pleins de naturel. Qu’il s’agisse de la vieille marchande de bonbons, du Père Fouettard, du poète, du veilleur de nuit, chacun est bien dans son rôle, il n’y a pas une seule fausse note, et l’on verrait bien cette belle et naïve histoire portée au théâtre et jouée par des enfants. La littérature enfantine, française, anglaise ou allemande, renferme encore bien des histoires de ce genre, le trésor en est inépuisable, et je ne pense pas qu’internet et consorts parviennent un jour à supprimer le merveilleux dans l’esprit des enfants. Avis aux amateurs…

Mais je ne pourrais mieux faire que de vous donner un échantillon du travail méticuleux des deux traducteurs. C’est de l’orfèvrerie. Il s’agit ici de la fin du récit quand Rosine, la petite fille, reçoit enfin le bateau en chocolat, le Congo, dans sa cheminée. Ah! J’oubliais…Les dessins de  Else Wens-Viëtor sont vraiment ravissants, et nous replongent en plein cœur du bon vieux temps.

En picard: Mès ravisèz! Par boneûr, èl batiô « Congo » tot la, vins lès chènes èrfwadies, nié skwatè, nié skèté, sins minme ène grate, tout lwisant doré, avè pou ‘ne bone dîzin.ne dè jiques dè wate qui wigot pa lès k’minées. Comint ç’ t-i possibe? Èle n’avot rié intindu!

Ê bè, i n’a noulu qui l’ sèt. Ch’èst justèmint l’ sècrèt Pére Fwètâr èyèt i nè l’ dira jamés a noulû.

Et voici le wallon de Charleroi:

Mins, tènèz! Qué boûneûr, èl batia, « Èl Congo », èsteut la dins lès frèdès cindes, sins pète ni grâwe, blinkant d’ardjint, fumant pou sèt’ mastokes èt d’mîye di blantche oûwate truviès sès deûs tchiminéyes! Comint ç’ qui çoula aveut advènu? Comint ç’ qui çoula s’aveut passè t’t-ossi pôjêr’mint?

Gn’a noulu qui l’ sét, c’èst dèl côse dèl maliç’tè du malén èt toûrsiveûs Père Fwètârd èyèt c’è-st-ène afêre qui n’ voûra jamés racontér a lès djins.

Joseph Bodson

Yves Jadoul, Le Gordel, roman, Edilivre.

Yves Jadoul – Le Gordel– Edilivre – 165 pages – 15,50 €

L’auteur nous présente dans ce roman une fiction plutôt dramatique, où la Belgique unitaire a cessé d’exister. De Leger, l’armée flamande, a élargi le territoire flamand, il y a des implantations flamandes dans la botte du Hainaut, la force militaire du nord se heurte aux milices wallonnes et nous assistons à toutes les formes de violence physique et morale qui règnent dans d’autres régions du monde. Bien connu, à ceci près que ça se passe chez nous. Et cela prend dès lors une tout autre dimension.
Un mur de béton dans la ville ou autour d’une région, des barbelés, des tanks et des chekpoints, des kamikazes wallons qui se font exploser, des représailles, des bombardements, des quartiers entiers rasés au bulldozer, des populations déplacées, ou survivant avec peine dans une Wallonie paupérisée à l’extrême. Une Wallonie vécue par les Wallons comme « une prison à ciel ouvert ». Il ne leur reste que la balle-pelote, sport national wallon, et une culture de subsistance à peine suffisante. Atmosphère de guerre. Le mot d’épuration ethnique est même prononcé.
Pour tenter de rétablir la paix, un démantèlement des implantations flamandes en pays wallon est entamé par le pouvoir flamand mais cela n’est pas du goût des extrémistes. De leur côté, les Wallons craignent que cela ne prélude à une colonisation accrue de la Cismeuse et de Bruxelles-Est. Pour l’instant, la ville est coupée en deux, comme a pu l’être Berlin. Le conflit est loin d’être réglé.

La seule solution serait de faire intervenir le bon sens et la raison au lieu des nationalismes exacerbés, qui ne mènent qu’à toujours plus de violence. Témoin ce dialogue, en fin de roman :
« – Nous pensons que jamais les Wallons ne pourront fléchir les faucons flamands. Les seuls qui ont une chance d’y parvenir, ce sont d’autres Flamands. Nous croyons aussi que les Flamands auront beau construire des murs toujours plus hauts, jamais ils n’empêcheront les kamikazes de venir s’exploser chez eux. Seuls les Wallons pourront juguler leurs extrémistes et empêcher durablement les attentats suicides.
– Entre-temps, la situation des uns et des autres ne cesse de se dégrader. Les Flamands s’appauvrissent pour supporter l’effort de guerre et les Wallons se désespèrent jusqu’au suicide à la ceinture d’explosifs.
– La paix ne s’impose pas avec des chars d’assaut. Elle ne peut se gagner que dans la mentalité des gens.
– Et comme il faut des belligérants pour faire la guerre, il faut des pacifistes pour faire la paix. »
On compte sur les journalistes pour « créer un réseau de relations humaines par dessus le Gordel… ». Cela prendra du temps, sans doute une génération, le temps d’apprendre à se connaître et à ne plus avoir peur de l’autre… peur qui n’engendre que haine et violence.

Un roman rebutant par ce qu’il peut avoir d’inquiétant, s’agissant de notre pays, mais qui justement peut aider à réfléchir et à désamorcer la bombe latente qui menace depuis des années alors que, qu’on le veuille ou non, les deux communautés sont étroitement imbriquées dans la nation belge et leur intérêt commun est évidemment la paix et la prospérité d’un pays uni.

Isabelle Fable

Maurice des Ombiaux, Les contes du Pays wallon, CPE éditions.

Maurice Des Ombiaux, Les Contes du Pays Wallon, CPE éditions, 2017.

Une petite rue schaerbeekoise, entourée fièrement par les avenues Maeterlinck, Verhaeren, Eekhoud et Rodenbach ou autres rues Van Lerberghe, Stijn Streuvels et Guido Gezelle rappelle avec discrétion la présence de Maurice Des Ombiaux parmi les vieilles gloires de notre littérature belge, francophone et flamande. Qui connaît encore à vrai dire ou lirait quelque volume parmi la centaine d’œuvres écrites par ce prolifique auteur, salué en son temps (1868-1943) comme « Le Mistral de Wallonie » ? Une plume magnifique, un don d’observation aigu et bienveillant à la fois, un humour délicieux, une passion illimitée pour le terroir et ses gens, fermiers, chasseurs, braconniers, artisans et ouvriers de l’entre deux-guerres, un précieux parfum de nostalgie, voilà autant de raisons d’ouvrir le recueil Les Contes du Pays Wallon, écrit en 1939 et réédité tout récemment par une maison française, installée dans le Berry et spécialisée dans le domaine des contes, légendes et coutumes régionales. Celui qui fut chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères, Charles de Broqueville, durant la première guerre mondiale et qui, par la suite, devint un des plus ardents défenseurs de la culture wallonne, nous rappelle par sa manière la virtuosité stylistique d’un Lemonnier auquel il consacra un essai et la justesse du trait d’un Arthur Masson qui dut le lire et le dicter souvent à l’école avec le plus grand plaisir. Des contes tels que L’Horloger, Ziré Busette, Pailhe, Le Berger des étoiles, sont de véritables morceaux d’anthologie, pleins d’humour, de fantaisie ou de poésie et supportent facilement le voisinage d’un Maupassant ou d’un Henri Pourrat. Il n’est pas étonnant que l’auteur se soit attaqué aussi au genre du roman et ait écrit des œuvres marquantes comme Mihieu d’Avène ou Le Maugré qui lui ont valu, en 1929, le Prix Quinquennal de Littérature. Ce que le lecteur retiendra principalement aujourd’hui, c’est l’attachement de l’auteur à l’âme ou l’identité wallonne, à la beauté de ses paysages et de ses légendes, à la couleur si plaisante de ses dialectes, au caractère, en un mot, des habitants, qu’ils soient des bords de l’Ourthe, de la Sambre ou de la Meuse, un caractère à la fois têtu et tendre, taquin et jovial, toujours prêt à faire des tours au voisin et à manier l’ironie mordante comme une fourche qui retourne vertement la paille gâtée mais qui aime surtout la trêve des dimanches régnant au cœur du village et les toutes drôles ou mystérieuses histoires à échanger sous les étoiles de l’été ou au coin de l’âtre familier. Un régal de tranches légères du temps jadis sur la table trop souvent grave ou encombrée de notre quotidien…

Michel Ducobu

 

Hugues Wenkin, Les moutons noirs de Piron, La brigade Piron de la Normandie au coeur du Reich, éd. Weyrich, 242 pp.

Hugues Wenkin, Les moutons noirs de Piron, La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich, éd. Weyrich.

Moutons noirs ou moutons blancs? Un choix qui s’est posé de manière dramatique aux soldats belges, le 28 mai 1940. Fallait-il obéir aux instructions que contenait, de manière implicite, la capitulation décidée par le roi Léopold III, après l’encerclement de l’armée belge, et se constituer prisonnier auprès des Allemands? On aurait pu espérer, après une capitulation, que l’armée vaincue serait renvoyée dans ses foyers. La plupart des gens, en Europe, à l’époque, donnaient les Allemands comme vainqueurs, et allaient s’arranger, aussi bien que possible, d’un régime contraire aux lois les plus élémentaires de l’humanité. Rares furent les Français qui se rallièrent à de Gaulle, plus rares encore les Belges qui, par leurs propres moyens, gagnèrent l’Angleterre pour y poursuivre le combat. Le gouvernement, réfugié en France, hésita longtemps avant de le faire. Et Hugues Wenkin a bien raison de mettre en exergue la phrase célèbre de Guillaume d’Orange: Il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.

Beaucoup de membres de l’Armée belge ne purent rallier l’Angleterre aussitôt après la capitulation; ils durent traverser les Pyrénées, le plus souvent en Catalogne, la côte basque étant étroitement surveillée. Ensuite, pendant de longs mois, les geôles de Franco, avant de pouvoir gagner le Portugal, et de là, Gibraltar. Tel fut notamment le cas de Jean-Baptiste Piron. Et ce n’était pas tout: une fois en Angleterre, répondre à un examen serré des services anglais, car les Allemands essayaient de faire passer leurs espions parmi les évadés.

Mais, pendant ce temps, en Angleterre, tout n’était pas rose pour les soldats belges: une pléthore d’officiers supérieurs, parmi lesquels, assez vite, des intrigues, des jalousies allaient se faire jour, donnant à leurs alliés la plus mauvaise impression. Certains officiers supérieurs, à côté de leurs qualités proprement militaires, avaient des traits de caractère qui se prêtait mal à la situation. Les Belges mirent très longtemps avant de pouvoir présenter un nombre d’hommes suffisant pour former une unité autonome; on envisagea même de les réunir, par petits paquets, à des unités anglaises. L’arme blindée, après la campagne de mai, attirait plus que l’infanterie. Quelques officiers remarquables réussirent à redresser la situation – on en était presque venu à des mutineries – et parmi eux, ce fut Piron, en fin de compte, qui prit la tête.

Ce fut alors, peu de temps après le débarquement de juin en Normandie, une série d’actions remarquables, qui leur valurent l’estime et les félicitations de nos Alliés: après avoir longé la côte normande, en libérant notamment Cabourg, Honfleur, le passage de la Seine, et une avance très rapide vers la Belgique, où, avec les Guards anglais, ils libérèrent Bruxelles.

Ils avaient opté, en fin de compte, pour la formation d’unités blindées mixtes, comportant de l’infanterie et du génie, sur le modèle de ce que les Allemands avaient mis sur pied. Unités particulièrement bien adaptées à l’avance rapide et à la reconnaissance. Au cours des mois suivants, ils furent employés à l’avance en Hollande, après Arnhem, et au renforcement de têtes de pont anglaises ou canadiennes.

Et puis,  après les permissions bien gagnées  et l’adjonction de nouvelles recrues, l’avance en Allemagne, la protection des civils, avant le retour au pays, et l’amère déception de se voir devancer, à beaucoup d’égards, par des moutons blancs restés au pays, quand ce n’était pas par des résistants de la dernière heure. Piron avaient encore une belle carrière devant lui, et il resta constamment attentif au sort de ses anciens compagnons d’armes.

Un livre remarquable en tout point: par la clarté dans l’exposé des faits, qu’il s’agisse de stratégie, de matériel, ou encore de finesse dans les portraits des protagonistes  ou dans la description des intrigues de tout genre qui sont malheureusement le lot des situations embrouillées.

Joseph Bodson