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Joseph

Pierre Sladden, Lignes de terre, poèmes.

Pierre Sladden – Lignes de terre – l’Harmattan – 69 pages – 10,50 €

Lignes de terre… Un titre qui peut se comprendre de bien des façons et qui ouvre la porte à l’imagination. Partant du monde présent, vivant, visible et concret, qu’il chante à merveille, l’auteur pose les questions existentielles qui troublent qui veut réfléchir au sens de la vie. Il le fait avec une sobriété remarquable, naviguant sur les mots, sans sombrer ni dans l’épanchement lyrique ni dans la sécheresse intellectuelle.

Finir comme l’arbre / En braise, en moisissure / Retourner à la vie de la terre / Ou chaleur s’en émaner / Quelle importance / C’est le hasard qui joue / De l’horizon éloigné à l’immédiate présence

On ne peut mieux dire. En équilibre sur la crête des mots, le poète leur donne rythme, musique et sens, évitant les écueils des verbiages oiseux et des images trop connues, pour mener le lecteur au-delà de lui-même, lui ouvrir les yeux et le cœur sur ce monde magnifique et pourtant voué à la disparition, comme nous-mêmes.

Mortel dans des milliards d’années / De feu aujourd’hui / Rouge le soleil se couche / À nos yeux dans le noir / Des arbres vivants portant haut, éperdument / Un instant qui vibre / À l’approche de notre nuit éternelle

Tout est vibration de l’instant, force et fragilité mêlées, tout est à voir, écouter, savourer. La nature s’offre à nous. Sachons la recevoir et la protéger.

            L’esprit tourmenté / Heureusement ce fortuit papillon blanc / Me frôlant la tempe

Toujours, l’ombre est trouée de lumière. Il faut apprendre à regarder / Suivre immobile du regard / Sur le fil de l’araignée un éclat de soleil / Balancé d’un souffle imperceptible…           

Un rien. Un tout.

Se laisser porter, balancer par ce Tout en Un qui plane sur les textes de Pierre Sladden, admirer à travers ses mots l’admirable univers qui nous est donné, d’autant plus admirable qu’il est éphémère, et prendre conscience qu’il nous est confié… en partage. Et non en propriété.

 

Trop souvent, la poésie est maladroite, étriquée dans des mots mal ajustés, qui grincent ou s’affaissent en tous sens. Ici, non. Nous avons affaire à un vrai poète, qui allie force et délicatesse, rigueur de la composition sans aucune raideur, bouquet léger, où chaque mot a son poids et fait mouche, offrant à la fois émotion et réflexion.

Isabelle Fable

 

Jo Dustin, Chronique du temps qui lasse 1956-1993

Jo Dustin, Chronique du temps qui lasse 1956-1993, Ed. Au coin de l’enfer, 2014, 73 pages (plus un CD), 13 euros

Jo Dustin est né et 1936 et décède en 2011. On connaissait le peintre, le dessinateur, le critique d’art et le chansonnier. Il a fallu attendre sa disparition pour découvrir ses poèmes et ses textes disséminés dans des carnets, et rassemblés par sa compagne tel un puzzle, dans ce recueil du temps passé entre 1956 et 1993.  Un CD est joint au livre et c’est Monique Dorsel qui prête sa voix au chant de vie de Jo Dustin.

Ce sont des poèmes forts, qui secouent, et qu’on aimerait mettre en musique, même s’il affirme lui-même avoir voulu passer à autre chose :

Autrefois je faisais des chansons

Comme ce bouillon qui précède

Avec des tournures anciennes

Finissons-en à la vitesse

 

Toujours un peu excessive, surprenant souvent, sa poésie est comme un défi à la routine de notre logique. Jo Dustin jongle avec l’ironie, voire un brin de cynisme, le désenchantement, et des mouvements de rage, il laisse couler le filet de fiel et de mots pour colmater le gouffre.

 

Ce sont là des poèmes qui heurtent, mordent, qui se moquent. Bref, des poèmes qui ont du  nerf écrits par un homme à vif.

 

La poésie déserte la plaquette sage

Elle m’a donné rendez-vous dans le matin noir

Avec un sourire de musaraigne

 

Et après la trahison d’un ami :

Nous serons des fourgons fourbis et fourbus

Des rames agitées en l’eau de plaisance.

Nous serons coqs, échine haute, lance pâmée !

Tout ce fatras court en poème.

Vite et lourd. La rature s’abstient.

L’ami a trahi. Il ne comprendrait rien.

 

Les textes en prose rassemblés dans la deuxième partie, intitulée « La poésie existe… », sont plus proches d’une poésie douce et nostalgique et reflètent sa part de mélancolie. Par exemple :

Encore un chemin trempé et j’arrive à la petite pagode beige ; elle s’appuie sur le remblai du chemin de fer. Et là, dans la rotonde noire je lis : Je t’aime à en mourir…Phrase banale, belle armure de passion…tellement exagérée. J’approuve. Au retour de mes pas deux amoureux et une bicyclette. Un casque de boucles dures surplombe une robe turquoise.

Jo Dustin, un homme engagé, poète toute sa vie.

Comme il le dit, La poésie existe au-dedans, au dehors…partout en doses inégales et subjectives.

 Martine Rouhart

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NERDAL Christian

Christian NERDAL

 

 

 

 

Christian Nerdal nous vient d’Hyon (une des localités vertes du grand Mons) où sa famille, venue du Brabant wallon, était implantée depuis 1874. Il aime raconter que son arrière-grand-père, s’y étant établi cette année-là en tant qu’entrepreneur en maçonnerie, a participé à d’importants chantiers montois : ainsi, la prison de Mons, la caserne de gendarmerie, et l’Institut Warocqué !

Cet ancêtre ne s’appelait pas Nerdal mais Neerdael : en 2015, Christian a décidé de se forger un nom de plume en simplifiant tout simplement son patronyme qui était trop souvent mal prononcé ou mal orthographié.

 

Mais qui est le Christian Neerdael d’avant Nerdal ?

 

Même si l’on peut dire qu’il a, comme son ancêtre, une brique dans le ventre, il a plutôt suivi les traces de son grand-père (instituteur) et de son père (directeur d’école) en choisissant de devenir enseignant : licencié en Philosophie et Lettres et agrégé de l’enseignement secondaire supérieur (Université de Liège), il a enseigné les langues germaniques à Mons de 1971 à 1988, puis, ayant réussi une maîtrise en linguistique à l’Université de Mons, fut nommé inspecteur linguistique principal à Bruxelles dans l’enseignement secondaire et les Hautes Ecoles et termina sa carrière comme conseiller à la Politique Scientifique Fédérale.

 

On devine, d’après ce préambule, avoir affaire à un bûcheur (notons qu’il est né un 1er mai !) mais on aurait tort de croire que ce bûcheur mène une vie austère ou soit pour autrui d’une sévérité inflexible… Ceux qui le connaissent bien admirent certes sa puissance de travail, ses qualités d’ordre et de ponctualité, mais le voient avant tout comme un homme de parole et de bon sens, patient, conciliant, humaniste, doté d’une grande sensibilité, épicurien au sens noble du terme et aussi praticien d’un humour bien à lui lorsque, pince-sans-rire, il se met à jouer, à jongler avec les mots…

 

Les mots, enfin nous y venons ! Abordons l’écriture puisque c’est pour son œuvre poétique que Christian Nerdal reçoit le prix Emile Poumon ce jour.

Il nous a dit avoir écrit son premier poème à l’âge de vingt ans, en 1969 (« Ma semaine loin de toi ou la palette d’amour »). Son inspiration va se nourrir d’abord de la vie familiale pour puiser bientôt à d’autres sources et se concentrer finalement sur trois thèmes principaux : l’amour, la mort (qui contient l’obsession du temps qui passe) et… l’humour. Les événements de sa vie – heureux ou tragiques – y transparaissent en filigrane ainsi que ses autres passions : beaux-arts, littératures (française et étrangères), chanson, cinéma, astronomie et… gastronomie !

 

Parvenu à l’âge de la retraite, Christian Nerdal ne risque pas de s’ennuyer, au contraire : il jouait déjà un rôle actif dans la vie culturelle et associative de la région de Mons, il peut maintenant s’y adonner en toute liberté ; de même, il continue à écrire, ne connaissant pas l’angoisse de la page blanche ! Et il peut aussi, désormais, rassembler ses poèmes en recueils et songer à les faire publier.

C’est en 2003 qu’il devient membre de notre cercle littéraire Clair de Luth dont Serge Durieux est alors le président.  Son premier poème publié dans la revue Aura (n° 44, été 2003) s’intitule « Santons et senteurs » et est inséré dans la rubrique « Le clin d’œil d’Aura ». Voici le début de ce texte, écrit en Provence en 1995 :

 

Sent-on les tons vifs des santons ?

Ces tons vifs sont-ils des senteurs ?

 

Ces santons sans poids,

aux senteurs de pois de senteur,

que sont-ils sans toi ?

 

Sans toi et sans tes senteurs,

ces santons aux tons vifs sont sans tons.

 

Sans toi, sent-on les senteurs des santons ?

 

Dès cette date, chaque numéro d’Aura contiendra au moins un poème de Christian, même lorsque la revue deviendra thématique (n° 63, printemps 2009). Qui plus est, il fera bientôt partie du conseil d’administration du Clair de Luth, sera nommé vice-président et assumera pendant cinq ans les fonctions de président en remplacement de Serge Durieux. Quand je parlais d’un bûcheur, homme de parole, patient, fidèle, sur qui l’on peut compter, etc. !

 

Mais il serait temps de présenter ses livres publiés :

– En 2006, il fait paraître à compte d’auteur une monographie sur le folklore d’Hyon : « La Ducasse Saint-Fiacre à Hyon ». Une réédition de cet ouvrage est envisagée.

– En 2015, c’est un recueil de poèmes qui paraît aux Editions Chloé des Lys : « L’homme à tête de taureau ». Ce recueil de 96 pages est divisé en quatre grandes parties : « Aurore printemps écriture » ; « Jour été amour » ; « Crépuscule automne idéal » ; « Nuit hiver mort ». Sous-titres qui donnent une petite idée des thèmes abordés et de la structure soutenant l’ensemble. Les trois thèmes principaux (l’amour, la mort, l’humour) s’y retrouvent, ainsi que quelques thèmes secondaires : l’idéal, l’écriture, la nostalgie. Les allitérations et jeux de mots créent un style très personnel. Les textes, d’une grande variété, provoquent le sourire ou l’émotion, font réfléchir. La fin du recueil est sombre : le taureau sera mis à mort dans l’arène.

– En 2016, un autre recueil contenant des poèmes et quelques nouvelles, est publié par L’Amant Vert Editions, une toute nouvelle maison d’édition de Frameries (près de Mons) et a pour titre : « La mort chez soi » (102 pages). Ce recueil, bien qu’émouvant, n’a rien de macabre : le poète évoque le souvenir de membres de sa famille décédés : ses grands-parents, ses parents, son fils Fabian, d’autres personnes.

 

Christian Nerdal ne manque pas de projets : il met en ce moment la dernière main à un nouveau recueil poétique où il sera question de femmes rencontrées et donc d’amour et de ruptures, mais le titre est encore à trouver ; ensuite viendront un recueil de textes destiné à ses petits-enfants et un autre réunissant des textes mystiques et agnostiques, un recueil philosophique, donc. Il se laisserait enfin volontiers tenter par l’écriture d’une série de nouvelles.

Luc Templier, L’art de vivre, Paris, Dervy.

Une philosophie en actes

Luc Templier, L’Art de vivre, Paris, Dervy, 2016, 144 p., illustré de calligraphies de l’auteur.

Cet essai, sous-titré « 52 lettres à une jeune Artiste », est signé par un formateur en calligraphie, Luc Templier (Corbeil, 1954 ; vit et travaille à Marche-en-Famenne). Il prétend que «  le créatif est celui qui sort du cadre »  ou, pour se référer à une interview qu’il a donnée : celui qui s’éloigne des normes. Il s’efforce de donner à une interlocutrice virtuelle des réponses à ses questions vitales. Idéalement, ce livre se prête à lire et méditer une lettre par semaine pour en tirer de quoi réfléchir sur nos comportements durant une année.

Pour l’auteur, l’esprit créateur est en chacun. Il vaut mieux être qu’avoir et, par conséquent, renoncer aux combats inutiles susceptibles de ne servir que l’orgueil. À ses yeux, un artiste (il lui accorde une majuscule) est un guide, un individu en avance sur son temps, un porteur d’espérance.

Pour parvenir à exister mieux, il convient de donner davantage de place aux sentiments qu’aux émotions car ces dernières se nourrissent du passé. Avant de déterminer un choix, il est bon d’explorer tous les possibles afin de se débarrasser du doute. D’où l’importance de cultiver sa faculté d’émerveillement et de prendre des risques en opposition avec le confort (n’est-ce pas un mot qui mène à conformisme ?).

Se considérer comme dépourvu(e) de talent tient dès lors à un manque d’audace. C’est là une manière de jugement, or juger n’est utile que si cela intervient après l’accomplissement d’une action et permet de tirer des leçons d’un échec, sinon se décrier soi-même paralyse l’exécution. Vouloir avoir raison risque de ne mener qu’à des blessures d’amour propre.

Vivre et créer ne sont pas des notions séparées. L’un et l’autre ont besoin de cohabiter, collaborer. L’être humain trouve sa place au centre de quatre axes : Art, Foi (à ne point confondre avec religion), Amour, Action.  Selon le postulat formulé par Templier, les contraires coopèrent : pas question de se focaliser sur la beauté ni de nier la laideur dans la mesure où mettre ces deux éléments en opposition n’est qu’une manière de se rassurer. La vigilance pose sa neutralité entre le réel et son interprétation.

Le regard s’avère primordial pour changer de point de vue, prendre conscience du monde et, finalement, penser, sachant que notre perception d’autrui est forcément erronée, tout comme celle d’autrui vis-à-vis de nous. Si bien que « si vous êtes sensible à la critique, c’est probablement que vous l’êtes également trop aux compliments et aux flatteries ».

S’il est bénéfique de viser la perfection, il est salutaire de savoir qu’elle est inaccessible, tout en continuant à la chercher. Précisément, les contraintes, en dépit des apparences, sont ce qui permet de dépasser ses limites, d’aller au-delà de ses habitudes ; elles mènent à la liberté de créer.

La conjonction voulue par Templier entre la vie et la pratique d’un art peut sembler être une évidence pour certains. Mais si elle paraît, pour ceux-là, composée de propositions élémentaires, elle s’adresse avant tout à ceux qui cherchent, tâtonnent, doutent qui trouveront sans doute nourriture substantielle à travers cette succession de lettres.

Michel Voiturier