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Joseph

Alain Dartevelle, Toy Boy et autres leurres, images de Marc Sevrin. Academia-L’Harmattan, Livres libres

Alain Dartevelle, Toy Boy et autres leurres, images de Marc Sevrin, Academia-L’Harmattan.

 

Alain Dartevelle a incontestablement le don de l’invention, le don de nous transporter dans d’autres mondes, où le meilleur et le pire de nos fantasmes devient réalisable. De plus, il a trouvé en Marc Sevrin l’accompagnateur idéal de ces fantasmes, évoquant tantôt le monde de Jules Verne, tantôt celui de Tintin. Attention toutefois! Nous ne sommes pas ici dans l’univers des modèles réduits, mais bien dans celui des modèles mi-humains, mi-automates, qui peuvent se louer auprès d’agences de voyages spécialisées dans la réalisation des fantasmes les plus exquis – et les plus sexy, de touristes en mal d’impressions fortes…
Le problème, bien sûr, c’est que ces machines aussi ont leurs états d’âme, leurs regrets et leurs incomplétudes. Leurres? Tout ne serait-il qu’un leurre, au masculin ou au féminin? Vous en jugerez sur pièces.

Alain Dartevelle traite son sujet en un style on ne peut plus classique, avec le minimum de peps requis quand l’histoire quitte la terre ferme – le rivage, si vous préférez, pour vous entraîner en d’étranges pays. Les amateurs d’aventures, pas plus que ceux qui brûlent de l’amour charnel, ne seront déçus. De plus, les autres récits, que je ne vous résumerai pas, se présentent avec autant d’autorité que de compétence à l’esprit du lecteur séduit. Satisfaction garantie.

Joseph Bodson

Jean-François Füeg, Les Oreilles des éléphants, roman, éd. Weyrich.

Jean-François Füeg, Les oreilles des éléphants, roman, éd. Weyrich.

Autant qu’un roman, un récit de vie, axé surtout sur l’enfance et l’adolescence de l’auteur. Un récit très réaliste, très véridique. On réalise, en le lisant, l’exactitude de la parole de Bernanos, disant qu’à sept ans, tout est déjà joué. Bien sûr, notre liberté conserve une certaine autonomie, mais la marge est bien petite. Même si nous réagissons en ramant à contre-courant…cela nous entraîne parfois trop loin, dans l’autre sens, et, s’il est permis d’abuser des citations, nous dirons avec Goethe que la vie, c’est comme le jeu de l’oie: on finit toujours par arriver où l’on ne voulait pas.

L’auteur appartient à un milieu privilégié, et très conscient de ses privilèges. Privilèges qui sont souvent autant de préjugés. Il n’est pas tendre avec les siens. Ainsi, à la page 44, à propos des immigrés: Je me suis souvent interrogé sur la représentation que ma mère avait d’elle-même. Croyait-elle être faite d’un autre bois que ces bataillons d’Italiens, de Polonais et de Turcs qui partageaient nos bancs d’école ou se voyait-elle foncièrement différente; première de sa lignée à être Belge de plein droit. On orientait systématiquement les immigrés vers les études techniques; ce fut le cas notamment d’Elio Di Rupo, et ce fut sa chance…Ainsi, le jeune Jean-François sera-t-il amené à réfléchir sur les homosexuels, les francs-maçons, et à se former à lui-même sa philosophie. Il devra se frayer sa voie, avec ce lourd handicap de préjugés. Aussi conclut-il, p.82, J’ai pris conscience du fait qu’on est toujours seul. D’où sa sympathie sans doute pour les anarchistes, et j’ai été heureux de retrouver, parmi ses lectures, celles qui étaient les miennes au même âge: Bakounine, Kropotkine, Elisée Reclus…Là, au moins, les fenêtres étaient ouvertes, et l’air passait…

Et la vie continue, apportant son lot de problèmes et d’épreuves. Non, rien n’est facile, la liberté, les sentiments, l’argent: autant de questions épineuses. Ainsi s’ impliquera-t-il dans les problèmes de sa sœur. Ainsi dira-t-il, à la fin du livre: Les voies que mes enfants on choisies sont à mille lieues de nos imaginaires, à ma femme et à moi, et c’est très bien ainsi. (…) Depuis l’aube de l’humanité, les Hommes font ce qu’il y a de mieux pour leur progéniture et chaque génération se construit en tuant le père. Couper le cordon, c’est prendre de la distance critique pour pouvoir écrire sa propre histoire et faire ses erreurs à soi plutôt que reproduire celles des aînés.

C’est une sage constatation: si nous avons réussi à nous forger une personnalité assez cohérente, rien ne nous assure qu’elle ne comporte à son tour d’autres préjugés, et nous sommes mal placés pour les voir. Et peut-être est-ce cela le sens de l’histoire, en ses mouvements lents: lente, peut-être, mais non point inerte et sans ressort. Vivre, éduquer, cela reste prendre un risque celui de se tromper. Un risque qu’il faut assumer, tout en restant lucide. Et la lucidité, c’est bien la qualité maîtresse de ce livre, qui passe aussi par la limpidité de l’écriture.

Et il se terminera par l’apologue de l’éléphant, celui d’Afrique et celui d’Asie. Cela, je vous le laisse découvrir. Les lecteurs, c’est un peu comme les enfants: il faut aussi leur laisser leur part de responsabilité…

Joseph Bodson

Pierre Coran, Mémoire blanche, éd. M.E.O.

Pierre Coran – Mémoire blanche– éd. M.E.O. – 110 pages – 14 €

Après une première édition chez Duculot en 1981 et une deuxième aux éditions du Seuil en 1997, voici une nouvelle édition (revue) d’un roman qui met en scène un alcoolique accusé d’un crime. Un crime qu’il est persuadé n’avoir pas commis. Mais comment en être sûr ? Il était ivre, il n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Il a la « mémoire blanche »,vide. Aucune information sur le laps de temps où Clarice, la vieille antiquaire juive, a été tuée de quatre balles dans le dos. Balles provenant de son revolver à lui, Pierre.
Ce revolver, il se souvient l’avoir vendu ce soir-là, mais il ne sait plus à qui…
Un indice va lui donner la preuve de son innocence, sans qu’il puisse hélas rien prouver, il n’a que sa parole. Et ça ne compte pas. La prison l’attend.
L’auteur pointe les causes mais surtout les conséquences de la dépendance à l’alcool, la déchéance physique et mentale, la solitude, la misère sociale et morale et tout ce qui peut s’ensuivre. Comment un homme en proie à de telles difficultés peut-il s’en sortir ? C’est possible. Mais pas seul.
C’est ce que Pierre Coran se propose de nous démontrer dans ce roman, où il évoque la dure réalité de ce que vit son personnage, sans fard mais avec un certain décalage, une certaine distance, comme s’il accordait moins d’importance à la réalité des faits relatés qu’à l’essentiel de son propos, au but profond du récit. Les faits étant le support du propos, qui est de comprendre l’alcoolique, de l’accompagner et de lui montrer la voie de l’espoir, le chemin pour sortir de la dépendance, insistant sur la solidarité indispensable des autres, amis ou non, médecins, alcooliques anonymes, ces A.A. où, après avoir été aidé, on peut devenir aidant.
Nous suivons le cheminement de Pierre, sa déroute, ses doutes, ses chutes et ses espoirs, jusqu’à une certaine délivrance. Mais est-il vraiment possible de vivre et de faire vivre en mots de papier l’enfer de l’alcoolisme sans l’avoir approché soi-même ? L’insupportable manque, le désespoir tenace, le découragement devant les rechutes, la souffrance poignante dans ce paradis qui n’en est pas un et dont on n’arrive pas à s’échapper ?

Isabelle Fable

François Harray, Le Nouveau Messie, roman, éd. Traverse

François Harray, Le Nouveau Messie, roman, éditions Traverse, 124 pages, 13 euros

François Harray est auteur de romans et nouvelles, photographe et historien de l’art, et il s’intéresse aussi au roman-photo. Il fallait sans doute être tout cela pour nous produire un roman tel que le Nouveau Messie.
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit-là d’un livre qui désarçonne.
L’histoire se déroule entre Madrid, Séville et Bruxelles et suit une partie de l’itinéraire de Gabriel, de sa naissance qui a tué sa mère, jusqu’à ses 33 ans.
Gabriel a un très gros problème, il ne sait pas dire non, sans doute à cause d’un besoin d’amour sans borne dicté par la haine que lui voue Esteban, son père, qui le rend évidemment responsable de la mort de sa femme. Gabriel accepte donc tout, et fait toutes sortes d’expériences et de rencontres qui l’amènent à des actions et des attitudes complètement antimorales. Et dans un combat permanent contre lui-même, il passe son temps à se taillader les plantes de pied avec un cutter… C’est une prophétie qui le catapulte « Nouveau Messie » .

Voici le problème qui me casse la tête :je ne peux dire non alors qu’il y a tant de merdeux qui ne s’en privent pas . Je ne savais pas que c’était possible. Personne ne m’avait expliqué cela. Je pensais que lorsque quelqu’un te demande de faire quelque chose, tu dois le faire. Tout faire. Même ce que tu détestes.

Au-delà de la violence, du langage cru, souvent vulgaire de Gabriel, apparaît en filigrane un autre aspect du livre : celui qui pose des interrogations sur notre civilisation.

Martine Rouhart