Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie
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Joseph

Anne-Sophie Vanderbeck, Un mètre soixante-huit de chair rose, Academia

Anne-Sophie Vanderbeck, Un mètre soixante-huit de chair rose, Académia, 216 pages, 19,50 euros

Le recueil ne compte pas moins de 25 textes, de longueur, de style et de genre très variés, sans véritable lien entre eux.
Il s’agit d’une suite de petits récits un rien disparates, un peu inégaux, comme si l’auteure avait voulu rassembler et jeter pêle-mêle des souvenirs d’enfance, des émotions, des impressions, des petites histoires qui lui reviennent ou lui sont un jours passées par la tête grâce à une imagination foisonnante.

Des récits au ton parfois triste, parfois gai, nimbé souvent d’ironie, parfois aussi d’un brin de tendresse, notamment dans le très court texte « Le vieux monsieur qui avait froid » . Des personnages souvent décalés, des situations originales, voire tout à fait oniriques. Il y est question de déménagement dans une péniche, d’une « rumeur dans une rue qui se meurt », d’un accordeur de piano des rues, d’une salade qui « cherche vinaigrette sans cornichons », etc…

L’écriture est assez déroutante. Beaucoup de passages au style familier, au langage parlé (« Une liberté qu’on vous fourgue de force »(..) »La suite , elle veut pas savoir. Elle se roule dans sa couette, crêpe à la cassonade(…) « Parfois, la vie c’est comme un film dont on aurait un peu poussé le scénario, c’est tellement gros que ça semble pas crédible »), avec quelquefois des mélanges de temps (présent et passé simple) un peu curieux, comme dans le texte « Le piano d’Eugène ».

Mais ces passages alternent avec d’autres, plus littéraires et même poétiques, qui retiennent l’attention.
Par exemple à la page 57 : »la maison pleure un peu de ses gouttières, ça lui fait des traînées grises sur ses joues en ciment, ses deux fenêtres aux petits carreaux roses, comme des yeux fatigués ». A la page 91: « Une vieille rue sans gloire, enfoncée au cœur de la ville, petite veine oubliée de l’artère principale, surplombée par une forêt d’immeubles et de quelques grues qui grincent en cadence du lundi au vendredi ». Ou encore, page 119 : « En sortant, le matin lui sembla plus lumineux, un oiseau de février chanta un air de printemps, elle sauta sur son engin et se mit à tanguer sur les vagues de circulation, comme chaque jour ».

Martine Rouhart

Daniel De Bruycker et Maximilien Dauber, Exode, éd. Les Carnets du Dessert de Lune

Daniel De Bruycker et Maximilien Dauber, EXODE, Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2017, collection Dessert à l’italienne, 80p., 16€.
——
Poèmes et photographies composent ce beau livre, entièrement consacré à l’errance et au désert. Les quarante-huit neuvains et les seize photographies tentent de donner de ce thème des migrations difficiles, des nomades une vision qui ne soit pas clichée mais au plus près des réalités d’aujourd’hui.
Quelques photos expressément saturées (dans les bleus, les orange), d’autres plus sobres (celles des pages 24 et 36 carrément sublimes sur ces chameliers et fonds de montagnes) déroulent la thématique dense que le poète De Bruycker insuffle à ces vers :
« On s’habitue à tout –
même à courir
les pieds plantés en un mirage » (p.65)

ou
« Des paroles bruissaient
dont nous ne savions pas la langue
seul l’accent nous était familier » (p.63)

La fatigue « escorte » ou « un fil d’espoir » : c’est le là-bas montré, suscité, espéré, et la chute est peut-être au bout du chemin tant tout est « ardu » et les « frontières » inatteignables!
La force du poème, rythmé par les photographies qui arrêtent des images, des moments, tient à la tranquille écriture classique qui les anime, entre imparfait, conditionnel de l’improbable et présent épuisant.
Le carnet de voyage a des échos lancinants : il illustre une réalité qui déborde, images, réalités touchées des doigts par deux artistes nomades en esprit, en chair.

Philippe Leuckx .

Michel Joiret avec Noëlle Lans, Voyage en pays d’écriture, éd. M.E.O.

Michel Joiret en collaboration avec Noëlle Lans,
Voyage en pays d’écriture, avant-dire de Pierre Mertens, éditions M.E.O.

Nous avons fait un beau voyage
Reynaldo Hahn, Ciboulette

Au point de départ, un enseignant qui prend conscience d’une crise de la culture : les jeunes qui ne lisent plus, une rupture profonde entre la littérature, qui hélas s’est perdue auprès d’un public jeune – et aussi adulte – en se complaisant en des jeux de mandarins. Une sorte de scrabble ou de sudoku réservé à des gens extrêmement cultivés, qui n’arrêtent pas de se chamailler entre eux.

 

Un remède à proposer ? Un nouvel ancrage à suggérer pour des romans, des poèmes à revisiter. Un croisement du temps et du lieu, qui devrait permettre le retour de l’écrivain en personne – c’est cela qui est important, lire, c’est rencontrer une personne. Déménager, changer de lieu. Revenir en arrière, vers notre jeunesse, notre âge tendre Nous projeter dans une vie autre. Se perdre, pour se retrouver. La perte, le retour. Nostalgie, heimweh…ils sont toujours ce qu’ils étaient.
Et cela commence en Sologne, avec un château mystérieux, perdu dans les bois. Des enfants, calmes, s’y risquent à des jeux étranges, tandis qu’une jeune fille, vue de dos, comme chez Vermeer, joue du piano. Meaulnes est là qui regarde, et qui attend. Un Pierrot perdu dans les bois, Franz. Une histoire qui n’a pas de fin, ou plutôt qui se recommence indéfiniment, sans GPS – rien que des cartes routières, des lieux-dits, des souvenirs. Et la nostalgie.

Marcel allait venir, il suit, lui aussi, les chemins de l’imaginaire ; une enfance églantine, des clochers qui égrènent leurs noms et en oublient d’égrener les heures. Le temps perdu, une autre recherche, tout aussi longue, aussi ardue. Au bout des sentiers, des jeunes filles en fleurs, des salons endimanchés au quotidien, une cathédrale revisitée aux phares, un bourg qui somnole avant de changer de peau. Des volumes et des volumes, un grand fleuve en crue. L’obscur, la nuit, Céleste.

Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Chateaubriand, Georges Sand…des arrêts, l’appel des gares au long cours. Des Mémoires à n’en plus finir, le moi tout puissant. Histoire de ma vie. Des campagnes où François le Champi garde ses moutons, sur tranche dorée. L’odeur des vieux livres que l’on a emmenés aux champs. Et puis qui se sucre, s’épaissit pour finir en rahat-lokoum dans une petite maison carrée, chaulée, et la mer qui vient battre les souches, à l’orée du bois. Quand les paysages mêlent leurs racines.
Les flots viennent se briser contre les rochers du Grand Bé, tandis qu’un pas lourd ébranle le plancher de la chambre du dessus, en son circuit monotone. Et se succèdent, en ce kaléidoscope idéal, des paysages qui n’ont en commun que la lenteur du temps, l’ennui des longs dimanches et des enfances à l’abandon. Des Serres chaudes à l’Aiguille creuse, des palmiers de Nouméa à Vladivostok au bout du monde, du Cimetière marin au jardin de tante Léonie,

Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Mais n’entendez-vous donc pas ce galop, du côté de Méséglise ? Les trois mousquetaires lancés à la poursuite de Milady…tandis que Jean Cocteau fait signe de la main à Colette, qui respire une rose, sur son balcon du Palais Royal.
Rabelais, Ronsard, Hélène, Marie, Cassandre, Picrochole et La Boétie…Que de servitudes volontaires ! Et tous ces compagnons autour de moi, Noëlle, qui nous trace les itinétaires, Alain Miniot , Roger, Léonce qui les font chanter, et tant et tant de bons compagnons, Jean Lacroix, Max Vilain, Paul Ernst…tiens, n’est-ce pas Thierry-Pierre, là, tout près, qui lit Rousseau par-dessus mon épaule ? Il ne peut rentrer chez lui, les portes de Genève viennent de se fermer.

Et toujours, couronnant nos interventions, les jeux de scène d’Alain Miniot, les interventions des récitants, toujours aussi remarquables, la réussite au rendez-vous, tellement qu’on s’y croirait, en tous ces lieux et ces moments pérégrins.

Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?

Mais…ces odeurs d’encens et d’oublies, de gaufres fraîches au milieu des escarbilles, et ce wagon perdu sur une voie de garage, ces embranchements à l’infini, ne serait- ce pas lui, Michel Joiret, qui nous attend avec le rire de Corine, gare du Midi…et tout ce qui lui reste à dire, le bonheur, le goût du vent, sa chanson dans les peupliers, et le cœur changeant des bonnes gens, prompt au souvenir, prompt à l’oubli

Dis-moi, Blaise, sommes nous bien loin de Montmartre ?

Oui, bien sûr, l’automne prochain, à Berck au bord de la mer.

Joseph Bodson

Renaud Denuit, L’impraticable, poèmes.

Renaud Denuit, L’impraticable, poèmes, éd. Le Coudrier.

Il s’agit en fait de la réédition d’un recueil paru en 1981, qui n’a guère été diffusé, les stocks ayant été détruits par une inondation.

Un recueil qui ne se livre pas d’emblée, comme ces petites boîtes dot parle Rabelais – des silènes, si j’ai bon souvenir – ou, si vous préférez, comme la noix que la pie perce et vide, rien que d’un petit trou rond, à la bordure nette. et l’image ici est vraie; la bordure est nette, sans fioritures. Des poèmes qui demandent à être lus et relus pour en tirer tout le suc.

Au début, un monde déstabilisé. Un monde étranger à lui-même, comme Le Waste Land d’Eliot. Et le rêve d’être la restauration d’un ordre, ainsi p.27:

tu deviendras magistrat/tel un château restauré/et les gens seront loin de toi/perdront plaisir.//évidemment/tu sépareras/leurs silencieuses racines/et trouveras le moyen/de les faire parler//à moins que juge et partie,/tu ressentes les peuples-corps/et que des capitales/s’emparent de l’amour/avant la désuétude/pour jouir en ordre de plage.

Chaque vers, ou presque, appelle le commentaire, la tentative d’élucidation. Ce que l’on peut dire, à coup sûr, c’est justement cela: ce besoin d’élucidation, de justice (les termes en abondent), l’Europe.

Ainsi encore, p.29, cette ambiguïté, où il est vu au lieu de voir, tout est passé à son passif. Mais, à la page 40, une vision assez biblique  (il en est d’autres), de même que le ton. Il se trouve bien sûr plus proche du trobar clar que du trobar clus, ce qui est loin d’être le cas le plus souvent.

Et, bien sûr, un certain sentiment d’échec, de désarroi devant une Europe que l’on croyait presque accomplie. Ce qui reste d’actualité.

Joseph Bodson