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Joseph

Juliette Nothomb, Pénurie dans la galaxie, Acrodacrolivres.

Juliette Nothomb, Pénurie dans la galaxie, Acrodacrolivres, Villers-la-Ville, 2016

Nous sommes en 4010, quelque part dans la Voie Lactée. Le héros de cette histoire s’appelle Listerio. Il est marié à la charmante Salmonella et le séduisant Ecoli. Eh oui ! Chez les Lactéens, il existe un troisième sexe qui forme un tercet avec les deux autres. Un beau jour, les Lactéens accueillent un SDF terrien, hagard et repoussant, incapable d’articuler une phrase intelligible. Ils le lavent, lui attribuent un logement décent et le baptisent Mister Stink.

Bientôt celui-ci se lance dans des affaires très lucratives et fait fortune grâce à la découverte d’une nouvelle source d’énergie. Les choses commencent à se gâter lorsque les Lactéens s’aperçoivent que le lait, leur boisson nationale, se met à tourner et que le réchauffement de leurs planètes transforme leurs mers en étendues de petit-lait où flottent des icebergs de beurre salé. Je ne vous raconterai pas la suite de l’histoire où Juliette Nothomb laisse libre cours à son imagination débordante.

Cependant tout se tient dans cette fable des temps modernes où l’auteur dénonce les dérives de la société post-industrielle : critique des projets pharaoniques, critique de la xénophobie, critique du monde des affaires et des jeux d’influence, critique de la pseudo-démocratie : Nous sommes régis par la démocratie plénipotentiaire du Président-Crémier Foulkrimmilk. Nous avons le droit de vote tous les 104,5 ans pour un seul candidat automatiquement reconduit.

L’auteur s’est bien documentée, car, en dépit des assertions d’apparence farfelue, les données scientifiques et astronomiques reposent sur des bases crédibles, par exemple lorsqu’un système de vases communicants est établi pour équilibrer les températures entre les planètes.

L’humour est aussi bien présent, notamment dans le choix des noms propres ou communs : Mister Stink, Mannwatt, le conducteur de navette spatiale, le milliardaire G. Dufrik, monèdsainge, la devise intergalactique ou SPF (sans planète fixe). Nous y trouvons aussi le comique de situation.

A lire pour se détendre, mais aussi pour réfléchir sur les dérives de notre société.

Jacques Goyens

 

Jean-Pierre Dopagne, J’ai faim, Lansman éd.

Jean-Pierre Dopagne, J’ai faim, Lansman éd.

La dernière pièce de Jean-Pierre Dopagne? Vous voulez dire, qu’il n’en écrira plus dans la suite? A la mort de Dickens, un petit Anglais demandait si le père Noël allait mourir aussi.

C’est que quelque chose d’essentiel va nous manquer, désormais. Il est significatif que cette pièce ait été jouée dans la Marolle, où la pauvreté existe toujours. N’ayons pas peur des mots. Michel Voiturier, de son côté, a repris Adrien. On ne joue pas n’importe quoi n’importe où avec n’importe qui.

Une vieille pauvresse, devant un salon de coiffure. Un candidat aux élections. C’est de saison, ils fleurissent à foison, et s’éteignent à mesure, à peine le temps d’avoir brillé, sur l’air des lampions. Faillite de l’Europe? Faillite de la démocratie? Faillite de la paix? Jamais nous ne nous serons sentis autant en porte-à-faux. Et la pièce de Jean-Pierre vient à point pour nous rappeler que les choses ont un envers, et que ce qui nous semble assuré ne l’est pas tant que cela. Non, le théâtre de Jean Louvet n’est pas démodé. Le théâtre de l’absurde n’est pas dépassé. Ubu Roi n’a pas fini de régner.

Oui, il est temps, plus que temps, que l’on reparle travail. Pauvreté. Vieillesse. Jeunesse, et enseignement. Et dénuement. A la page 45, ô ironie, la salle des anciens abattoirs de la ville est réservée aux SDF pendant les fêtes. Et le romancier nous dit, à la p.58: Qu’est-ce que tu penses de cette idée, Sarah: une ville accueillante aux SDF? Une ville où les SDF bourdonneraient comme des abeilles dans une ruche? Parce qu’il y fait bon vivre. Une espèce de Club Med des SDF. Sarah, qu’est-ce que tu en penses?

Mais Sarah, sa coiffeuse lui a dit que la vieille pauvresse avait un GSM. Alors, ça fait la voix off et la voix on, la voix du romancier et celle de sa femme. Et c’est comme dans le vie, c’est le plus souvent la voix on que l’on entend.

Au revoir, Jean-Pierre. Pas adieu. On t’écoute. On t’écoute toujours.

Joseph Bodson

Philippe De Riemaecker, Tant de silences, roman

Philippe De Riemaecker – Tant de silences– Éditions Encre rouge – 350 pages – 18 €

 Roman en trois volets, trois récits distincts qui se rejoignent en fin de volume, illustrant les souffrances et tensions entre les membres d’une famille, entre autochtones et étrangers, entre les ressortissants d’un même pays quand la tyrannie s’en mêle. Certaines situations nous sont familières, comme la perte d’un proche, la détresse des personnes en fin de vie ou les affinités, inimitiés, incompréhensions ou hostilités au sein d’une famille. D’autres ne nous sont connues que par les actualités, la fiction ou les documentaires, comme l’exil devant l’intransigeance d’un Khomeiny ou les phénomènes étonnants qui se produisent à la Ferme de la Ramée en Brabant wallon…

Sautant sans cesse d’un récit à l’autre, le narrateur nous confie ses ressentis, ses espoirs et ses révoltes, et pourquoi pas des perspectives de solutions… toujours possibles avec un esprit positif, tolérant et ouvert à l’autre.

 Trois récits, trois mondes. Le premier, écrit à la première personne, nous conte par le menu un épisode bref mais crucial de la vie d’une famille, la mort d’un père, les souffrances et les déchirements entre enfants, la déchéance de la vieille mère en maison de repos. Aucun nom dans ce récit très prenant, Le Père, la Mère, la Sœur Aînée, la J, le Frère et la Luxembourgeoise. Volonté d’anonymat permettant à chacun d’y trouver écho, peut-être. Besoin d’épanchement certainement et d’élargir la réflexion sur les relations réussies ou manquées et sur le fait de « placer » les vieux. Tout cela est traité avec beaucoup de sensibilité. Le deuxième pan du livre nous fait vivre le départ en exil d’un jeune couple d’Iraniens qui choisit le déracinement plutôt que l’intolérance de la révolution islamique. Quant au troisième récit, il nous ramène en Belgique auprès d’une religieuse paralysée qui semble avoir des « pouvoirs » inhabituels, d’un médecin sensible au surnaturel et d’un concierge sensible aux problèmes des migrants, qu’il assimile un peu vite aux « exilés » de l’exode de 1940 fuyant l’envahisseur allemand.

 Tant de silences pour parler de la vie, tant de non-dits, par peur ou par pudeur, de mesquinerie, d’indifférence, d’intolérance, tant de goût du pouvoir et d’écraser l’autre, que ce soit au sein des familles ou d’une élite (?) religieuse qui prétend parler au nom de Celui qui n’a pas de nom… Ou encore silences de tendresse, de complicité, de communication non verbale ou même paranormale.

 Tant de silences ?

Sans doute. Mais l’auteur ne se gêne pas pour nous crier avec force et conviction tout ce qui le trouble, le chagrine, le révolte et l’anime. La souffrance mais aussi l’amour et la tolérance. Un livre étrange, une trinité de récits qu’on aurait peut-être intérêt à lire séparément car ils y gagneraient. Les ambiances sont très différentes, bien qu’elles se répondent. La sincérité par contre est évidente et l’ensemble invite à la réflexion et à l’ouverture au monde, à la vie, à la nature, à l’humain et à ce qui le dépasse. À l’espoir, en un mot, qui fait vivre.

Isabelle Fable

Francesco Pittau, Les Hamsters de l’agacement, aphorismes

Francesco Pittau, Les Hamsters de l’agacement, Cactus Inébranlables éditions 2016, 92 pages, 9 euros

 

Francesco Pittau (finaliste Rossel 2015 pour Tête Dure ) sait manier la plume.  Il nous livre ici une rafale de propos, entre aphorismes et mini-récits, acides, désabusés, pleins de dérision, souvent très drôles. On voit bien que l’auteur a en particulier horreur de la bêtise humaine!

Chacun peut choisir son fil rouge et le suivre en zigzag au courant des 92 pages serrées du recueil, entre :

Jeux de mots qui ont toujours quelque chose de plus qu’un jeu de mots

Pour une lumière, on lui demandait souvent de la mettre en veilleuse

l’absurde qui est en même temps l’évidence

Il faut combler les fleuves, les ponts seraient moins dangereux

les problèmes de société voire la philo :

Ce n’est pas parce que certains n’ont rien que ceux qui n’ont pas grand-chose ne peuvent pas se plaindre(…) Quand tu ne comprends rien à rien, c’est que tu touches enfin à la vérité de quelque chose

sans oublier quelques pincées de cynisme

Tous ces gens indispensables dont on ne savait même pas qu’ils étaient encore vivants

 

Et l’on ne peut dire qu’il soit très tendre avec ses congénères écrivains, surtout avec ceux qui « se croient » poètes ou écrivains… :

Il remplissait son vide intérieur par de grands mots creux (…)

Encore un qui croit faire Œuvre en nous en nous bassinant avec ses névroses (…)

Il y a des poètes comme vache qui pisse

Mais le recueil révèle l’autre talent de l’auteur. Entre aphorismes un peu grinçants, c’est de la pure poésie qui affleure, des moments que seul un vrai poète peut écrire…

Au matin, il avait ramassé à la petite cuillère tous les bouts de rêves éparpillés sur le tapis de sa chambre, et il les réserva dans une boîte en fer, en attendant de pouvoir les vivre la nuit prochaine

Son « petit pan de mur jaune » à lui était une route bordée de tournesols accablés par le gel, et un éclat de lumière hivernale sur des briques roses – éclat qui lui avait donné pendant une seconde une impression d’éternité

Un rayon de lune s’était posé sur son épaule et, de sa petite bouche pointue, il lui murmurait de temps en temps des secrets si secrets qu’il les oubliait aussitôt

Bref, un recueil de haute voltige à mettre (ou non) entre toutes les mains et à déguster.

Martine Rouhart