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Joseph

Jacky Legge, (L’)Armes à feu et à sang, aphorismes

Jacky Legge, (L’)Armes à feu et à sang, Réflexions sans importance, sauf quelques-unes, Cactus inébranlable éditions.

Bien sûr, deviner lesquelles ont de l’importance, et lesquelles pas, ce pourrait être un jeu. Une sorte de roulette russe: au premier faux mot, tout saute, et le lecteur avec. Bien sûr, larmes rime avec alarmes et avec armes tout court. De pied en cap. C’est comme jongler avec des grenades. Je vous l’avais toujours dit, moi, que nos, mots, autant que nos maux, sont des jouets dangereux. Faut pas en abuser…Enfin, essayons toujours:

Pour les vacances, le fakir recherchait une plage de sabres fins. Là, c’est juste pour s’entraîner.

On assista à une guerre de tranchées entre la compagnie du téléphone et la société de distribution du gaz. Ça, c’est courant. La Fontaine l’avait déjà dit: Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins.

Les artificiers déserteurs partirent avec un baril de poudre d’escampette. Ainsi, comme le Petit Poucet, ils pouvaient rentrer à la caserne, s’il leur venait des remords. On ne sait jamais.

Bon. J’arrête. C’est triché. C’est plus des aphorismes. Juste des ficelles d’aphorismes. Comment on l’appelle, déjà ce truc, vous savez; J’en ai marre … marabout…bout de ficelle…? Anaptose: Procédé par lequel le dernier mot d’une proposition ou expression est utilisé (phonétiquement ou absolument) comme premier mot de la deuxième proposition, et ainsi de suite, selon le schéma :
—-A, A—-B, B—-C, etc. Merci internet. Et quand il y en a plusieurs, c’est une concaténation. Des problèmes de câbles, quoi. Pour les employés du gaz et du téléphone. Et la concaténation, ça va loin…Mais je vous le dis tout de suite: l’anaptose est interdite au scrabble.

Allez, une dernière, pour la route. Mais sans commentaires:

Amnesty international lança une campagne de signatures pour la libération de saint Nicolas retenu par les enfants-soldats du Congo.

Joseph Bodson

 

Pierre Guelff, La revanche du manant, éd. Jourdan.

Pierre Guelff – La revanche du manant – éd. Jourdan – 267 p.- 18,90 €

 On connaissait Pierre Guelff journaliste engagé et écrivain à l’affût de mystère. On connaissait son goût pour la recherche et la récolte d’informations précises, notamment d’informations historiques et géographiques. Il n’a pas failli à sa réputation dans cette nouvelle œuvre. Le cadre dans lequel il situe la vie de son héros est très documenté et très évocateur de la vie de cette fin du premier millénaire.

Pierre Guellf s’est servi de ce cadre romanesque pour faire apparaître la vie étonnante d’un manant qui s’est élevé au-dessus de sa condition, évoquer la façon dont le mystère et le sacré (ses thèmes favoris) pouvaient influencer la société de l’époque et la façon dont les autorités (religieuses et judiciaires) tenaient le haut du pavé face au peuple.

Il met en scène Pierre Ghislain, l’aîné d’une fratrie de six, qui vit misérablement dans un village à proximité de Stavelot, centre renommé pour le monastère bénédictin fondé en 648 par Saint Remacle. C’est grâce à ce monastère que Pierre Ghislain, très maltraité par son père, va pouvoir modifier le triste cours de sa vie. Il y est employé à la préparation et au nettoyage du matériel des copistes et enlumineurs, dans un local bien plus confortable que la masure familiale, et il rêve de devenir copiste et enlumineur à son tour. Bien des éléments romanesques traditionnels se retrouvent dans La revanche du manant. Ainsi Pierre Ghislain porte un prénom double, indice d’une haute ascendance, il porte comme tous les membres de sa famille une marque de naissance sur le corps. Il semble, d’après Théodore, son  père alcoolique et maltraitant, qu’ils soient les descendants d’une branche rejetée d’une famille noble. Pierre Ghislain quitte son village pour entreprendre le pèlerinage de Compostelle. C’est l’occasion pour Pierre Guelff de donner au lecteur l’impression qu’il fait le voyage avec lui, besace, bourdon, coquille St-Jacques en bois, chapeau à larges bords… et tous les aléas et les étapes, car il y a loin de Stavelot à St-Jacques de Compostelle. Une rencontre marquera tout spécialement notre jacquiste sur le Camino, quand, à Auxerre, il voit une dame de haute lignée lui confier un objet, un étui, à remettre au supérieur du monastère. Notre pèlerin s’acquittera de cette mission au retour de Galice et deviendra ensuite un enlumineur apprécié et renommé. Mais nous n’allons pas dévoiler ici la totalité du roman… Car bien sûr, il y a des retours de flamme, des jalousies et des revers. L’humain n’est pas toujours très reluisant et contre la calomnie, on est bien impuissant.

L’intérêt du roman réside dans l’intrigue, bien entendu, mais surtout dans le contexte, le cadre historique, géographique et social où elle s’intègre. Il semble que ce soit là le but premier de Pierre Guelff, faire passer à travers l’Histoire et à travers une histoire particulière des considérations générales sur la société de l’an mille – et sur la nôtre par la même occasion, qui n’en diffère pas tant que ça – à propos des possibilités et des limites de l’individu face à la société.

Isabelle Fable

Christine Van Acker, Ceux que nous sommes, Weyrich

Christine Van Acker – Ceux que nous sommes – éd. Weyrich – coll. Plumes du Coq – 181 pages – 14 €

 Des textes ultra-courts, des situations réelles, imaginées ou fantasmées, dans une atmosphère parfois étrange ou dérangeante mais toujours parfaitement rendue, en quelques mots qui font mouche. Des petits bouts de vie bien servis et bien accommodés. C’est chaque fois une surprise, une petite gourmandise à savourer, chaque scène étant évoquée avec beaucoup de réussite. Le monde de l’enfance et le monde de l’adulte, en filigrane l’un de l’autre, s’interpénètrent ou s’effleurent sans se rencontrer. Car parfois « les portes des histoires sont trop étroites pour y entrer ensemble » et les grands « restent assis au bord du conte ».

L’enfance resurgit en bulles furtives dans la vie des adultes, à l’occasion d’événements minuscules et fortuits, comme le fait d’offrir un paquet de bonbons Pez. Et avec l’enfance, les ressentis agréables ou non de cette enfance. Le passé, bien sûr, mais aussi le futur, comme cette femme qui pense à l’enfant qu’elle a été et à la « belle grand-mère » qu’elle sera, « miroirs l’une de l’autre, elles peuvent se regarder dans les yeux ». On ne fait qu’un, d’un bout à l’autre de sa vie, souvenirs et projets nous façonnent.

Ce sont des vies ordinaires qu’on nous donne à voir, avec des habitudes parfois connues, mais surprenantes cependant. Comme cette façon, dans certains milieux, de parler d’une naissance en disant : « Elle a acheté un bébé » ou cette façon d’appeler son épouse « Maman ». Interpellant quant à la teneur des relations et au poids des mots. Difficulté d’être et de dire.

Tout ça n’empêche pas l’auteur de pointer sans concessions certaines dérives de la société, comme ces enfants « bêtes de scène », qui n’ont plus rien d’enfantin et presque plus rien d’humain, poupées de concours. Déjà triste pour les animaux, ce principe de concours, mais plus indigeste encore pour les humains. Ou de pointer le « Ministère de l’éducation – ce valet à la botte des actionnaires » et cette enseignante, qui s’offusque de voir ses élèves de douze ans « jouer comme des enfants » dans la cour de récréation ! Il faut les mettre au pas, les intégrer au plus tôt dans une société basée sur le profit au détriment du simple bonheur de vivre. D’autres textes illustrent à merveille les affres de la vieillesse, la solitude, les soubresauts de la vie, la détresse des malades qui n’ont plus toute leur tête, de ceux qui s’abandonnent à l’alcool… Bien des sujets sont abordés dans une cinquantaine de mini-textes. Avec des mots choisis et bien choisis, car c’est très bien écrit, l’auteur nous offre un éventail de vie et d’émotions diverses. Sensibilité, sensualité, sens de l’anecdote et du raccourci, servis par une plume sobre et riche à la fois. Et des anecdotes… pleines de sens ! Rien de creux ou d’inutile.

A lire par ceux qui n’ont pas le temps de lire. Une page ou deux, vite fait, en passant… les textes sont si courts. Mais ne pas entamer le texte suivant demande bien de la volonté car c’est très tentant.

A lire et à relire, en gourmand et en gourmet, c’est un régal !

 

Isabelle Fable

 

Michel Van den Bogarde, Comme une fumée sous le vent, poèmes, éd. Le Coudrier.

Michel Van den Bogaerde, Comme une fumée sous le vent, poèmes, éd. Le Coudrier. Dessins de l’auteur.

Un stoïcisme assez altier et désabusé:

La connaissance monte ainsi qu’un escalier/Pour un temps je suis dieu, je crée et je m’abstrais/Et puis le temps revient où j’oublie ma grandeur (p.15)

Et tout le recueil va se construire ainsi, sur cette opposition entre la grandeur et la médiocrité – mais n’est-ce pas notre destin, cette sorte de cyclothymie, ces hauts et ces bas, avec ses rythmes fortement charpentés, ses sonorités qui se dont écho. Ainsi, tout particulièrement, la Chanson de vent , à la page 27:

Et si je meurs tranquille je mourrai dépité/Seule celle qui m’a choisi me restera fidèle/Mes amis s’écartent lentement, sauf certaines/Il est vrai, qui ont choisi pour moi et la pluie//Et le vent (…)//J’ai le mal d’être né et le mal de mourir/La question n’est pas d’être plus que d’avoir été/Je saurai que vouloir en franchissant la pluie//Et le vent

Bref, une poésie gnomique, agrémentée d’images fortes et de sonorités bien marquées, pour former un ensemble très homogène. Un zeste, parfois, de mythologie celtique. Mais surtout, l’éternité, la beauté, à quoi tout se ramène.

Les dessins de l’auteur, par leur éloquente simplicité, accompagnent parfaitement le texte.

Joseph Bodson