Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie
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Joseph

Annemarie Trekker, Les maisons de pierre, L’Harmattan

002Annemarie Trekker, Les maisons de pierre, L’Harmattan, 170 pp, 17  €.

On est choisi par les lieux, ils s’emparent de notre être, nous dit la quatrième de couverture. Et pourtant, Annemarie Trekker est tout le contraire d’une femme faible et influençable…

Son récit – récit de vie, on ne pourrait mieux dire – est fortement ancré/encré sur des symboles: celui des trois plumes, celui des deux couleurs de pierre, Ardenne et Périgord, avec, en contrepoint, la quête d’un père symbolique lui aussi. Sa mère mourante avait bien dit: Il faut que la famille reste unie, et ce sentiment, cette volonté, Annemarie Trekker le porte profondément en elle.

Il s’agira donc, en quelque sorte, de reconstruire, et le choix se fera lentement, guidé à la fois par la recherche et l’intuition Les métaphores viendront à la rescousse, métaphores qui sont celles de la réalité et portent en elles un sens profond: celles du beau linge, du jardinage, de la cuisine. Et, après Tellin, viendra Célé dans le Lot, qui entraînera Daglan dans le Périgord. La quête du lieu est essentielle à l’appartenance de l’homme au monde. Le Temps du rêve, cette mythologie où présent et passé ne cessent de se mêler et de se fertiliser, de se réinventer, est ici essentiel.  Les aborigènes, dont il est beaucoup question suite à la correspondance avec un jeune ethnologue, peignent leurs rêves et les inscrivent sur une géographie imaginaire des territoires. Ne pas peindre sa terre, c’est la laisser mourir, c’est la rendre aux ténèbres. La réaction de la psychologue: Mais que désirez-vous vraiment?, et sa réponse à elle: Je voudrais vivre à la campagne, dans une vieille ferme, auront été ici déterminantes.

Ce qui nous frappe surtout, c’est ce sentiment d’une jeunesse intérieure qui ne s’affaiblit pas, où elle peut puiser la force de faire de nouveaux rêves. Il lui faut juste y adapter sa propre confiance d’elle-même, ajuster l’objectif. Oser l’inconnu. répondre aux défis de la vie en choisissant la voie la plus ardue.

Et, comme elle nous le dira p.152: Un livre, c’est un peu comme une cabane. Peut-être pourrions-nous dire, comme les apôtres lors de la Transfiguration, une cabane pour l’éternité. Car il y a aussi une part d’éternité dans les maisons.

Et reprendre sa vie en suivant ce fil rouge, c’est aussi, comme disait Camus, s’aider soi-même et aider les autres à vivre.

Joseph Bodson

Françoise Houdart, Retour à Domme, éd. Luce Wilquin

001Françoise Houdart, Retour à Domme, roman, éd. Luce Wilquin, 176 pp, 17 €.

Sous une couverture qui renferme déjà le sens essentiel du roman, Françoise Houdart nous offre cette fois une histoire de famille assez embrouillée, dans laquelle des péripéties sentimentales qui semblaient oubliées remontent à la surface et viennent se mêler au souvenir d’une Mamie très aimée du héros central.

Je ne vous dévoilerai pas toute l’histoire, ce serait vous gâcher le plaisir, qui tient ici, pour une bonne part, dans l’aventure et les nombreux suspenses qu’elle comporte. Disons simplement que cette grand-mère était volage et aventureuse. Il y aura des passages pleinement dans le présent, et d’autres où le lecteur se trouvera un pied dans le rêve, un pied dans la réalité; un pied dans le présent, un pied dans le passé.

D’autres éléments entrent dans la composition du philtre: cette broche en forme d’oiseau, avec ses rubis, à la recherche de laquelle on part un peu comme à la conquête du Graal; cette femme-couleuvre, cette sorte de vouivre cachée au presbytère; la présence aussi, assez prégnante, de cet auteur peu connu, François Augiéras, et la dévouverte de sa tombe. Le hasard veut que j’avais lu, il y a peu, l’un de ses ouvrages: et malgré la triste vie qu’il a menée, il est bien vrai qu’il y a dans son style quelque chose aussi de magique, de très léger: c’est ainsi sans doute qu’écrivent les fées. Ce qui compte, nous dit Françoise, p.157, c’est de rêver, et de désirer.

Il y a chez elle un goût profond pour des personnages, des artistes surtout, qui sont trop peu connus, et ont produit parfois des oeuvres très remarquables. Comme le sentiment d’une justice immanente. Il y a, de fait, étonnamment, chez Augiéras comme dans certains poèmes de Jean Genet, une extraordinaire pureté, et comme la douce clarté d’une aube d’été. Comme s’il leur avait fallu toucher le fond de la déchéance pour en atteindre le secret. C’est ainsi sans doute que le choc de l’oiseau contre la vitre prend un sens supplémentaire, un peu comme l’écho du Corbeau d’Edgar Poe. Ces histoires vagues et indécises, qui passent de main en main, de bouche à oreille, comme dans les romans d’André Dhôtel, pour se perdre au carrefour des routes, on un charme à nul autre pareil. Alors, n’hésitez pas, laissez-vous prendre aux filets de l’oiseleuse…

Joseph Bodson

Monique Thomassettie. Encres sympathiques, poèmes

Monique  Thomassettie. Encres sympathiques. M.E.O. 2016.

Il y a un côté féerique dans certains poèmes de ce livre, réédité avec des reproductions de quelques oeuvres graphiques de l’auteur qui à l’époque quittait peu à peu la peinture pour se consacrer à l’écriture. Une grande fraîcheur, prémices des oeuvres futures court dans ce second recueil publié en 1992 au Non-dit. Déjà Thomassettie aborde les mystères qu’elle ne cessera d’interroger dans son parcours: l’ange est un intercesseur souvent évoqué, comme la musique ou la nature. Les poèmes courts me semblent les plus réussis. Aucune longueur, fulgurance et beauté s’y rencontrent avec bonheur: « Arbre bonjour! /  Je te dessinai hier / Méditatif /Toit de Bouddha « . Une relecture  utile pour ceux qui veulent aller plus avant dans l’oeuvre du poète.

Guy Beyns 2016

Pierre Guérande. Par chemins oubliés,poèmes.

Pierre Guérande. Par chemins oubliés, Editions Muse, s.d.

Avec ironie , tendresse et un humour parfois ravageur, en dix récits dont certains sont très courts, l’auteur fait craquer la croûte des apparences et atteint, sans avoir l’air d’y toucher, ce qui fait la richesse ou la petitesse de nos vies. Pierre Guérande observe, enregistre et nous donne à voir un paysage réel ou mental qu’il transmet simplement au lecteur en réussissant à faire participer ce dernier à la scène décrite. Que le chien Clovis ayant perdu son maitre durand la première guerre mondiale  retrouve une famille accueillante, qu’un aristocrate, poète et mélomane, perde de sa prestance quand la surdité l’afflige ou que  d’autres textes analysent la pauvreté de nos actes qui ne sont souvent que parodies,   l’auteur se révèle fin connaisseur de  l’être humain et de la société,  qui souvent  paralyse   ses élans  les plus vrais.

Guy Beyns 2016