Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie
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Joseph

Colette Nys-Mazure, Eveil à la Poésie, L’arbre à paroles.

Colette Nys-Mazure, Eveil à la Poésie, Midis de la Poésie – L’Arbre à Paroles.

Un dialogue autour de la poésie, de ses différentes formes, entre Marie Ginet, slameuse-poète, et Colette Nys-Mazure, sous la houlette de Milady Renoir.

Réflexion-conversation un peu à bâtons rompus,. C’est ainsi que Colette évoquera, p.11, l’expérience fondatrice, l’honneur et l’horreur de vivre, selon Saint John Perse. L’intarissable surprise d’être au monde. Ressourcement: retour aux sources, tout ce que nous ne sentons plus à force de vivre, une nouvelle force de vivre.

Comment dire

Cette plénitude et ce vertige

A la page 15: La vision poétique est plus large que son incarnation dans le poème. (…) Saisir les sens colorés cachés par la vie dite courante. Elle insiste aussi, à juste titre, sur la modestie de la poésie, et invite à fuir les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Un bel exemple, p.17, en ce poème de Jean Follain, dans Territoires: Les enfants jouent au théâtre/jusqu’à l’heure/du souper dans la nuit qui vient/alors les grandes personnes les appellent/le garçon a les yeux si clairs/puis voici celle qui mourra jeune/et celle dont sera seul le corps/tous se lavent les mains dans l’ombre/près des végétaux flamboyants/et sont encore à ce temps/que l’on vit dans l’éternité.

Quelque chose a lieu qui donne à rêver, à penser. Un arrêt sur image révélateur qui garde son mystère.

p.18: Elle insiste sur la puissance de la poésie au milieu des situations les plus graves. Des poètes pour les temps de détresse.

Et puis, le passage du temps, Clément Marot. Elle nous parlera encore d’un poème qu’elle a lu dans la salle d’attente d’un dentiste, de Françoise Lison-Leroy, de l’importance qu’il y a à parler avec les enfants, du Passeur d’eau de Verhaeren, d’André Schmitz.

Et, en conclusion de la nécessité de se mettre en état de poésie, et de l’importance de la mémoire, et terminera en offrant quelques-uns de ses poèmes.

Bref, un ressourcement toujours nécessaire, un livre à lire et à relire aux moments de doute et de sécheresse.

 

Joseph Bodson

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Carine Chavanne, De l’aujourd’hui à l’infini, poèmes, Acrodacrolivres.

Carine Chavanne, De l’aujourd’hui à l’infini, éditions Acrodacrolivres, 36 pages, 8 euros

Carine Chavanne aime créer. Elle aime conter, elle aime écrire. Conteuse et poète, De l’aujourd’hui à l’infini est son huitième recueil.

Comme les précédents, un recueil court et des poèmes brefs, écrits dans une langue dépouillée qui touche au cœur. Peu de mots, des mots simples, mais les mots justes, qui font mouche.
Elle dit ce presque rien qui est tout, ce rien sans lequel l’on ne pourrait pas tenir.

On a presque l’impression d’entendre Carine Chavanne nous murmurer à l’oreille. Elle parle avec douceur mais aussi avec une certaine gravité, et peut-être, parfois, une pincée de mélancolie, de la création et de l’écriture, de la vie, de l’amour. Sa poésie dit aussi l’absence et l’éloignement qui ne sont jamais indifférence ni rejet.
Des mots caresse qui ne font pas qu’effleurer…
L’on passe sans cesse, dans une sorte de jeu de miroir, de l’infime à l’infini. Au fond, pour peu que l’on y prête un peu attention, n’est-ce pas un espace infinitésimal qui sépare parfois le visible et l’invisible?

« Je t’écris dans un moment fragile »

« Les morts sont avec nous
dans notre présence au monde »

« Comment vieillir et accepter
qu’il n’y a rien à regretter? »

Le recueil est illustré de belles photos en noir et blanc de Philippe Evrard, qui s’accordent particulièrement bien à la poésie, dans un jeu d’ombres et de lumières.

Martine Rouhart

Daniel Fano, Privé de parking, éd. Traverse

Daniel Fano, Privé de parking. Micro-Fictions, Bruxelles, Traverse, 2017, 112p. (12 €)
L’arme subtile de la dérision

On connaît le goût de Daniel Fano pour les écritures singulières. Ce qu’il raconte, il lui faut l’éloigner de toute logique rationnelle. On dirait volontiers que, parfois, les histoires se sont bâties sur la structure célèbre des ‘cadavres exquis’ chers aux surréalistes. Ou qu’il s’agit de collages de phrases empruntées çà ou là. Il convient donc au lecteur de se laisser porter, de ne pas s’accrocher à un sens immédiat car la narration proposée ne se contente quasi jamais de l’immuable enchaînement d’un début, d’un noyau central, d’une fin induite par les deux premiers.

Passer du coq à l’âne est coutumier à l’auteur. Certaines phrases se terminent brutalement, amputées de leur dernier mot. La chronologie peut se dérouler à coups de ruptures et ne pas négliger les anachronismes. Il y a souvent comme une vision kaléidoscopique ou comme une pratique du zapping qui est plus familière au téléspectateur qu’au lecteur. Si cela déroute, il est cependant souhaitable et tentant d’accepter le jeu, d’y entrer et de s’en réjouir.
Car chez Fano, toutes ces pirouettes ou galipettes syntaxiques, toutes ces distorsions sémantiques, toutes ces entorses à la rationalité appartiennent à l’humour particulier qu’il cultive avec délectation. Sa pratique littéraire est à l’image de notre monde chaotique. Sa tonalité avoisine celle du pastiche ou de la parodie.

Une vague illusion de réalisme se glisse dans le choix de nombreux patronymes appartenant à des personnes ayant existé, ayant abandonné leur anonymat via leur médiatisation: écrivains, acteurs, réalisateurs, plasticiens, musiciens ou chanteurs, mannequins, politiciens, sportifs, gangsters, héros de fiction même… Sans compter la dénomination d’institutions publiques ou privées. Ce rapport au réel incite à croire en la véracité des nouvelles composées par l’écrivain.

Pas mal de dérision se glisse dans une mise à nu des contraintes de ce que Fano baptise la « modosphère » à travers une sorte de patchwork de noms propres, de slogans ainsi qu’une accumulation de vocables, pour la plupart anglo-saxons, liés à des phénomènes de snobisme, voire à une colonisation économique étasunienne. Une série de textes ultra-brefs semble avoir pour modèle un livre tel que « Ana de Mme Apremont » de Jouhandeau, à travers un échantillonnage de ‘bons mots’ dérisoires censés avoir été prononcés par l’une ou l’autre célébrité. Les romans d’espionnage se voient traités en fonction des clichés qu’ils véhiculent. Une certaine presse montre indirectement son indigence, elle qui met en exergue des événements anecdotiques aussi vite oubliés dès que connus.

De temps à autre, une phrase vient suggérer le sens profond de cette démarche inhabituelle aux apparences comiques.  » « Facebook rend fou, le triomphe du menu fait rend tout, absolument tout, factice « . Puis « Facebook ne suffit pas pour faire de la politique ». Ou encore cette affirmation qu’aujourd’hui « on ne fait pas la différence entre le vrai et le faux ». Un régal pour qui prend la peine d’aller au-delà des apparences.

Michel Voiturier

 

Françoise Duesberg, Pierre papier ciseaux

 

Françoise Duesberg, Pierre papier ciseaux, , Academia, 2017.

Un recueil de nouvelles par une auteure sociologue, un peu fourre-tout, que le lecteur appréciera s’il se rappelle le jeu auquel les enfants s’adonnent à la cour de récréation : pierre, papier, ciseaux…tu gagnes, tu perds, allez savoir, pas moyen de deviner l’intention de l’adversaire, même si certains prétendent qu’on peut théoriser sur la chose et trouver la clé ou maîtriser le hasard. Françoise Duesberg nous transporte d’un lieu à l’autre, d’un personnage à son complice ou son antagoniste, d’un échec à une mince réussite, d’une tuile pathétique à une glycine réjouissante qui cherche encore avec ténacité le soleil…Un rendez-vous raté en gare de Rome, une photo de famille jaunie et haïe, une randonnée à deux sans un mot ni un regard, un orgue de Barbarie devant la mer qui vous met le moral à marée basse, une échappée sur une île grecque avec son prof de français qui récite du Lecomte de Lisle sous le ciel azuré, une pension de famille qui sent le chou et le passé qui ne passe pas très bien, le Cancre de Prévert qui a un charme fou auprès des filles de la classe, un chien qui parle et qui lèche doucement les cœurs tristes… Tout un petit monde tout près de chez vous, d’ici et d’en face, l’air préoccupé, pas très en forme, pas très photogénique. A quelques exceptions près, à condition que le papier cache le vilain caillou, que la pierre casse la lame cruelle des ciseaux et que les ciseaux coupent les pages pâles du quotidien. La vie est un jeu dangereux ou bêtement monotone où l’on perd plus souvent qu’on ne gagne…Et si l’on a la main heureuse, c’est comme un coup de grâce, dans les deux sens du terme…Les récits sont écrits avec fermeté et tendresse à la fois, sans qu’on y voie de vaine littérature, comme dans un bloc-notes, un journal de bord, un journal « extime » qui parle des autres comme on parlerait de soi, avec une franchise et une familiarité attachantes. Personnes de tous âges en quête d’auteur pour exister et d’histoires drôles ou bouleversantes pour échapper à la morne routine de nos jours nuageux et de nos nuits blanches Car la joie est rare, elle serait même tout un art qui exige un regard un peu exalté et toujours rêveur…Parfois même un regard à l’ancienne, un œil argentique qui prend le temps d’observer et de saisir avec justesse l’envers et l’endroit des scènes du petit monde unique qui est le nôtre…

Michel Ducobu