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Joseph

Francesco Pittau – Une pluie d’écureuils

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Francesco Pittau – Une pluie d’écureuils – Bruxelles – Carnets du Dessert de Lune – 32p – 6 €

On connaît Francesco Pittau grâce à ses nombreux livres pour enfants (plus de quatre-vingts !)illustrés par son épouse Bernadette Gervais. Tous plus créatifs les uns que les autres et souvent impertinents, comme Les interdits des petits et des grandsMeuh !CrottePipiProutOxiseauIl faut garder le sourire… publiés au Seuil, chez Gallimard et ailleurs.

Le présent opuscule est davantage destiné aux adultes. Il est parodie de ces ‘livres de sagesse’ rassemblant des sentences émises par des maîtres à penser de préférence d’origine asiatique ou orientale, livres plutôt à la mode en ces temps de morosité économique et sociale.

La dérision est ici corrosive. Les anecdotes qui situent les relations d’un disciple avec son mentor, Maître K’ong (peut-être descendant de King ?), éclatent d’un absurde libérateur. Ses paroles de vie, consignées avec vénération et alignées en anaphore puisque commençant toutes par la même proposition subordonnée, n’en ont pas moins de saveurs : « Quand tu rêves de rivières et de fleuves écumeux, surveille tes draps à ton réveil ».

Ou encore : « Quand tu rêves que tu es poète, c’est signe de maladie mentale » ou « Quand tu rêves que trois prêtres, trois imam, trois pasteurs, trois rabbins et trois moines bouddhistes forment une ronde sodomite, c’est signe d’apostasie aggravée », voire « Quand tu rêves que tu vas gagner le gros lot, c’est que tu rêves vraiment ».

Ce mini-traité d’interprétation des songes vaut donc son pesant de causticité. Et le rire qu’il suscite remet en place à la fois notre faculté de crédulité, notre naïveté face aux réalités, notre propension à vouloir trouver explication rationnelle à tout, notre besoin de nous moquer de nous-mêmes. Quel meilleur cadeau, peu onéreux, pour Noël ?

Michel Voiturier



Emile Engels, La Campagne des Ardennes 1944-1945

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Emile Engels, La Campagne des Ardennes 1944-1945, éd. Racine.

Un ouvrage en tous points remarquable, tout d’abord par la personnalité de son auteur: Le lieutenant-colonel Engels a vécu les combats de la bataille des Ardennes à Warnach, à 15 km au sud de Bastogne. A L’Ecole royale militaire, il a été l’élève de colonel Henri Bernard, qui lui a donné la passion de l’histoire militaire.

Remarquable par la sûreté de ses informations: l’ouvrage est très bien documenté, il entre dans de nombreux détails techniques concernant l’armement, la stratégie, mais cela se fait sous forme d’encadrés, si bien que le lecteur non initié peut poursuivre sa lecture sans s’y attarder. De plus, l’auteur a su, à chaque phasse de la bataille, replacer les divers épisodes dans un contexte plus large, à la fois dans le lieu et dans le temps. Ainsi, par exemple, en va-t-il des projets allemands sur Anvers, de l’équilibre des forces sur les fronts de l’est et de l’ouest, et notamment sur le retard de l’offensive russe.

Juste équilibre aussi entre la vie au quotidien des civiles et des militaires: les exploits guerriers, certes, ne sont pas négligés, mais il est fait une large part à la souffrance des populations, et notamment des enfants. De nombreux entretiens avec des témoins, une documentation iconographique soigneusement choisie en témoignent abondamment. Mais à aucun moment l’anecdote n’est là pour elle-même: il s’agit toujours de tirer une leçon des documents.

Et cette juste répartition vaut aussi dans l’évaluation de l’attitude des Américains et des Allemands: ainsi ne nous sont pas cachées quelques bavures de l’aviation américaine (bombardement des Malmedy et d’Houffalize), tandis que du côté allemand, le contraste est très fort entre les atrocités des SS, tirant sur des civils, y compris des enfants, à Stavelot, fusillant les priosonniers américains, et les soldats du contingent, que l’on nous montre, à différentes reprises, prenant en charge avec sollicitude des enfants blessés ou dont les parents avaient été tués.

L’image peut-être la plus frappante: ces gamins de quinze-seize ans enrôlés dans l’armée allemande, SS ou parachutistes: on voit l’un d’eux, saisi de panique, se réfugier dans les bras d’une fermière, qui le cache parmi les vaches dans son étable, avant de le remettre aux Américains qui arrivaient…Images de désolation, de destruction, de cruauté, d’entraide et de fraternité: on n’ose imaginer le monde qui nous attendait si Hitler l’avait emporté, et l’on n’en doit que plus de reconnaissance à ces soldats américains venus mourir chez nous, pour notre liberté…

Un livre que l’on ne peut que recommander, remarquablement écrit et illustré, et qui ne néglige aucun des aspects de cette campagne et de ses tenants et aboutissants.

Joseph Bodson


Confluences, mythes et histoire, Confluencias 21

 

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Confluences, mythes et histoire, Confluencias 21 – Série belge II. Textes réunis et édités par Marc Quaghebeur et Laurent Rossion, avec la collaboration de Nicole Leclercq. Archives et Musée de la littérature – Faculdade de letras de Coimbra. Septembrte 2012, 468 pp.

Un volume copieux, avec des collaborations nombreuses, qu’il n’est pas possible de citer toutes en cet article. Mais toutes ont trait, de près ou d’un peu plus loin, aux rapports entre l’histoire et la littérature, en Belgique, depuis les origines de notre littérature jusqu’à l’époque actuelle.

Ainsi, une belle étude de Fabrice van de Kerckhove : Le chemin nuptial (1895) – à propos d’une note de Maurice Maeterlinck sur le roman de Robert Scheffer. Scheffer, bien oublié aujourd’hui, avvait été de ceux qui, avec Octave Mirbau, avaient contribué au succès de Maetelinck. C’est à sa demande que Maeterlinck rédigea cette préface ; mais le roman de Scheffer, notamment par son évocation des liens immatériels qui peuvent se créer entre les êtres, et des dialoguesd’âmes, avait des vues assez proches de celles de l’auteur de Pelléas et Mélisande, qui utilisera d’ailleurs le texte de cette préface pour certains de ses livres. On trouvera là une bonne évocation de son évolution. Camille Viéville : Balthus et les poètes : Sur un portrait oublié de Jean de Boscchère. Balthus n’a guère peint de portraits, mais des liens d’amitié existaient notamment entre Antonin Artaud, Jean Cassou, de Bosschère et lui. Belle occasion de remettre en lumière la figure de Jean de Boscchère, trop oublié aujourd’hui, de Bosschère qui était aussi peintre, par ailleurs.

Geneviève Michel évoque Les rapports entre le groupe des Lèvres nues et l’Internhationale lettriste (1954-1957), rapports assez complexes, du fait que les deux mouvements n’évolueront pas en parallèle, tandis que Sylvia Schreiber retrace la carrière d’Aechinsky à Paris (Aristes-écrivains belges à Paris et leur fonction culturelle. Pierre Alechinsky, l’artiste émigré), et retrace par la même occasion les débuts du groupe Cobra, qui, comme son nom l’indique, voulait prendre ses distances par rapport à la France.

L’entretien d’Hugues Robaye avec Jean-Claude Pirotte : L’Europe des connivences : une pensée géopolitique chez Jean-Claude Pirotte ? – le point d’interrogation est ici le bienvenu, on peut admirer la poésie de Pirotte sans se fier trop à ses vues sur la géopolitique, ni à l’idée d’une Europe lotharingienne, qui fut bien le cheval de bataille de Pierre Nothomb, mais aussi celui de Léon Degrelle.Citons encore Michel de Ghelderode : du fantastique à l’illusion comique, d’Éric Lysoe, qui met bien en lumière ces deux versants du théâtre de Ghelderode, ainsi que l’influence qu’exercèrent sur son théâtre Edgar Poe et Hoffmann.Une production fantasmatique, en trois actes comme les rêves…

Brigitte Brasseur-Legrand retrace la vie et l’œuvre d’un écrivain assez oublié, Jan Van Dorp (Oscar Van Godtsenhoven), qui eut une enfance et une jeunesse très chaotiques, et collabora au Nouveau Journal de Paul Colin, ce qui lui valut d’être arrêté à la fin de la guerre. Son Flamand des vagues témoigne d’une étude approfondie de l’histoire maritime belge et de la Compagnie impériale des Indes, au début du régime autrichien.

Un texte un peu ardu mais plein de subtilité de Laurence Pieropan, Suzanne Lilar : un théâtre de l’extase lucide ou une réflexion lilarienne sur la raison d’état, affirmation du retour à l’unité qui aboutit à une vision positive de l’existence, ce dont témoigne le dénouement de son Burlador. Un axe dans cette recherche : la coexistence dans l’être de l’i-dem et de l’is-dem.

Émilienne Akonga retrace dans Henri Bauchau, les Naufragés de l’histoire ou la blessure historique, ce qui constitua effectivement une véritable blessure dans la vie de l’auteur et l’amena à s’expatrier, son rôle à la tête du Service du Travail, par lequel il espérait contribuer au relèvement de la Belgique vaincue. Ce service finit par être récupéré par l’occupant, ce qui amena le retrait de Bauchau.

Marc Quaghebeur, dans Permanence et avatars du mythe du XVIe siècle, dans la littérature belge de langue française, après La Légende d’Ulenspiegel, brosse un tableau magistral de l’histoire de nos lettres, pratiquement depuis leur origine jusqu’à l’époque actuelle, réunissant en un seul faisceau les différents thèmes ici abordés, et appuyant notamment son intervention sur quelques auteurs-phares : Ghelderode, Willems, Yourcenar et Rolin notamment.

Nous citerons encore la contribution d’André Bénit sur les positions prises par les hommes politiques et écrivains belges au moment de la guerre d’Espagne, qui ne furent pas exemplaires dans le chef des politiques. Quant aux écrivains, s’il n’y eut pas d’auteurs depremier plan pour participer aux combats, il faut souligner que le poucentage des Wallons parmi les engagés volontaires y était largement prépondérant.

Un bel article encore de Philippe Ivernel : L’Homme qui avait le soleil dans sa poche, Scènes de mémoire pour un temps d’oubli, à propos de la pièce de Jean Louvet, et une étude de Dominique Ninanne sur la pièce de Michèle Fabien consacrée à Charlotte de Belgique.

Sans oublier, bien sûr, la préface de Laurent Rossion, explicitant la démarche choise et le plan suivi dans l’ouvrage.

Il est à souligner que pour plusieurs de ces articles des documents conservés aux AML ont servi de point de départ et ont été remarquablement exploités. Un regret : les citations, bien souvent, ne sont ni placées entre guillemets, ni mises en italiques, ce qui ne facilite pas la lecture. Mais, encore une fois, l’ouvrage constitue une contribution de premier plan à l’histoire de notre littérature.

Joseph Bodson


Verhaeren, Correspondance II, Rilke et Dehmel

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Verhaeren, Correspondance II, Rilke et Dehmel (1905-1925), édition établie par Fabrice van de Kerckhove, AML éditions, Archives du futur, 2012, 238 pages.

Venant après la publication du volume I (correspondance Verhaeren-Stefan Zweig), ce volume soulève au passage nombre de questions intéressantes qui permettent de préciser la figure de Verhaeren, la façon dont on le voyait à l’étranger, sa position dans la littérature européenne, l’atmosphère générale à la veille de la guerre de 1914, les grands thèmes abordés, la personnalité de ses correspondants. Elle est donc intéressante à plus d’un titre, et les notes très pertinentes et abondantes de Fabricce van de Kerckhove.y contribuent pour beaucoup.

C’est Stefan Zweig, surtout, qui fut à l’origine du succès de Verhaeren en Allemagne et en Autriche, avec Ellen Kay, une psychologue suédoise. C’est lui notamment qui le fit connaître à Georg Dehmel, l’un des poètes allemands les plus célèbres de l’époque, qui célébrait, tout comme Verhaeren, la naissance d’un monde nouveau et partageait sa croyance au progrès. Dehmel traduira d’ailleurs quelques poèmes en les adaptant quelque peu. Mais les premières fissures se font jour qui déboucheront, à la fin de la guerre, sur une remise en cause générale et des mouvements en radicale opposition avec les écoles précédenytes. .A la déclaration de guerre, l’attitude de Dehmel changera, et il deviendra plutôt nationaliste et militariste. Mais ce qui est marquant pour l’avant-14, c’est ce grand élan qui porte une bonne part des élites intellectuelles de l’Europe vers la fraternisation, l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et paysans, cette sorte d’avenir radieux vers lequel on croit se diriger. Il est frappant de voir, par exemple, un Rilke, qui par tempérament serait plutôt porté vers l’intimisme, se préoccuper des questions sociales, leur consacrer certains textes. Il est à noter aussi que le darwinisme et l’inégalité des races restent parole d’évangile, mais que Verhaeren les adapte à sa façon, persuadé que l’homme blanc, du haut de sa supériorité, tendra la main à ses frères inférieurs pour leur permettre de le rejoindre.

L’image de Verhaeren qui nous apparaît ? Un physique pas tellement flatteur. C’est Dehmel qui le caricature quelque peu, tout en reconnaissant son extrême sensibilité (p.106, lettre à sa femme Ida : …une âme vraiment délicieuse. Il est tranquille comme un vieux vacher, mais peut vibrer tour à coup, du bout des moustaches jusqu’à l’extrémité des ongles.

Chez Rilke par contre (et c’est la correspondance avec Rilke, beaucoup plus fournie, qui occupe la plus grande part du livre), il s’agira d’une chaude sympathie, qui se déclare d’emblée, et tourne, presque, à la vénération. Il trouvera chez lui, même si son allemand, rudimentaire, ne lui permet ni la lecture, ni la conversation en cette langue, un extraordinaire pouvoir de compréhension : Et je ne sais si le plus précieux à mes yeux ne fut pas ceci : que sans preuve tangible, sur la base de ce qui restait indicible entre nous, il fit confiance à mon travail, conçut qu’il était authentique, nécessaire, et me traita en conséquence dès le premier instant. (p.127)

Fabrice van de Kerckhove notera avec justesse que Verhaeren, Cézanne et Rodin ont aidé Rilke à sortir de sa subjectivité malheureuse. Et il y aura cette très belle scène, où l’on voit Verhaeren, venant de Saint Cloud, visiter Rilke, sans y avoir été invité, à la mode paysanne, et ce grand calme qui passe entre eux. Rilke dira par ailleurs (p.128) : Hier, j’étais chez Verhaeren, où m’avait envoyé Ellen Key, et je me suis senti de bonnes affinités silencieuses avec lui avant même de nous être parlé. Je ne sais plus qui a dit : Nous ne nous connaissons pas, nous ne nous sommes pas encore tus ensemble. C’est exactement cela.

Ce sera, plus tard, après la mort de Verhaeren, en point d’orgue, l’entrevue avec Marthe son épouse, qui révèle à Rilke qu’au cours de la guerre, Verhaeren avait gardé intacte son amitié pour lui ; et la composition de la Lettre du jeune ouvrier, synthèse des idées de Rilke à cette époque, attaché au culte de la nature, et rejetant aussi bien le monde industriel que le christianisme.

Joseph Bodson