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Joseph

Marie-Monique Houart, La vieille dame qui inventait sa vie, roman, éd. Le carnet

Marie-Monique Houart, La vieille dame qui inventait sa vie, roman, éd. Le Carnet

Un livre hallucinant, pour qui a fréquenté de près des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Tout y est: l’oubli des jours, des semaines, des années. L’oubli des noms, des visages. Les faux souvenirs que l’on invente pour camoufler ces oublis. Les noms que l’on soutire, mine de rien, à l’interlocuteur, parce qu’on les a soi-même oubliés. Les soins maniaques apportés à des objets, des circonstances de la vie quotidienne. Le refus de reconnaître la maladie, les circonlocutions, les circonvallations. Jusqu’à se retrouver, à force de cachotteries, prise à son propre jeu, en ce face à face que l’on ne peut éluder, au cœur le plus secret de la forteresse vide, devant la grande divinité, l’inexorable: la Solitude.

Et pourtant, cette Marianne, au fil du récit, au fil de ses ruses, nous finissons par nous prendre de sympathie pour elle, pour jouer son jeu, espérer qu’elle gagne. Elle a la chance d’avoir une nombreuse famille, qui lui est proche, qui prend soin d’elle, mais qui finit toujours par se heurter à ce mur. Et il y aura les comparses, les médecins, les infirmières, ce jeu nouveau avec le temps, celui des hôpitaux, dont on espère sortir vite, le plus vite possible, ce retour à l’enfance, celle des internats et des congés lointains. Les menus objets, les menues gâteries prennent un relief extraordinaire. Oui, l’entrée en vieillesse, c’est un retour à l’enfance, le bonheur en moins. C’est qu’entre les deux, nous avons vieilli, la vie nous a usés.

C’est un véritable tour de force, encore une fois que ce livre. Parce que Marie-Monique Houart nous décrit tout cela non point vu d’en haut, en tant qu’écrivain-Dieu le Père, ni de face ou de côté, en observateur attentif. Non, elle écrit depuis le cœur même de cette citadelle, et comme si tout se passait dans son cerveau à elle, et c’est extraordinairement vivant.

Joseph Bodson

Michèle Goslar, Yourcenar en images, Racine.

Michèle Goslar, Yourcenar en images, éd. Racine

Il est vrai que Michèle Goslar n’en est pas à son premier livre sur Marguerite Yourcenar, mais dans celui-ci, les images sont de toute beauté, et singulièrement parlantes. Depuis tous les endroit d’Europe où le farniente se conjugue avec la culture, la chasse au plaisir et le hasard des rencontres, jusqu’à cette petite maison dans le Maine où elle passera de longues années avec Grace Frick, dans un décor qui n’est pas bien loin de celui de Thoreau – ils ont d’ailleurs plus d’une affinité, contrairement aux apparences. Elle va ainsi nous entraîner dans tous les pays d’Europe et quelques autres, jusqu’au dernier voyage, non réalisé, aux approches de la fin: le Népal,  voyage symbolique, sommet intangible.

Une petite fille triste – la mère morte à sa naissance, un père bourreau des cœurs, deux fois déserteur – qui va devenir à la fois modèle et repoussoir: modèle de luxe et de talent, une sorte de moi-soleil, repoussoir par le vide qu’il crée autour de lui, et la fillette se raccrochera comme elle pourra à ses nouvelles mères. Vide et chagrin, que l’on compense comme on peut en devenant soi-même une sorte d’image, ou de statue de sable – Ne cesse de sculpter ta propre statue, disait déjà Plotin. Une petite fille triste qui multipliera les voyages et les expériences, jusqu’au premier grand amour, André Fraigneau, attirant mais très égoïste, replié sur lui-même.

Ce sera aussi l’entrée en littérature, et le début d’une vie double, un thème prégnant dans son œuvre: elle et l’autre, face à face, se toisant, se ressemblant, se dévorant. Le bonheur en Grèce, cette beauté rayonnante, Lucia Kyriakos, qui périra, plus tard, lors d’un bombardement allemand. La connaissance de Grace Frick, trouvée, longtemps perdue, et puis retrouvée, pour cette vie en commun dans le Maine. Une communauté qui sera faite, comme elle le dit cruellement,de vingt ans de bonheur, vingt ans de prémisses du malheur, vingt ans de malheur. L’amour a difficilement part à la vie quotidienne. Commence alors cette longue existence essentiellement consacrée à la littérature. Cette citation très justement relevée par Michèle Goslar: Cette île, de son aveu, la fit passer de « l’archéologie à la géologie,de la méditation sur l’homme à la méditation sur la terre », du « prestige des paysages portant la trace du passé humain » à « celui des lieux, de plus en plus rares, peu marqués encore par l’atroce aventure humaine ». Il est vrai que c’est la guerre…Un désespoir profond, jusqu’au printemps 1947, où elle brûle les notes prises sur Hadrien. Et puis, elle recommence. Les Mémoires d’Hadrien ne lui prendront que deux ans. L’envie de voyager va la reprendre: Rome, Paris, les Pays-Bas, l’Angleterre, la Scandinavie…L’Œuvre au Noir, sans cesse reprise puis abandonnée, lui aura coûté bien plus longtemps que les Mémoires. C’est dans une église de Salzbourg que lui apparaîtra le prieur des Cordeliers, guide de Zénon, qui jouera un rôle essentiel dans le roman. Le point d’orgue, ce sera Bruges. Mais le livre ne paraîtra qu’en 1968.

De retour à Mont-Désert, le monde végétal et animal prendra de plus en plus de place dans sa vie. Auront aussi eu lieu       les premiers contacts avec des académiciens belges, Alexis Curvers et Carlo Bronne, qui aboutiront à son élection à l’Académie de Belgique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les contacts – de même d’ailleurs qu’avec l’Académie française, où elle sera la première femme à être élue- ne seront pas très faciles. C’est une maîtresse femme, mais les public relations ne figurent pas au nombre de ses spécialités. Les honneurs, pourtant, vont lui être conférés à foison.

Viennent alors les années sombres; Grace atteinte d’un cancer, ce qui lui fait songer à sa propre mort. Elle va se réfugier dans l’écriture, jusqu’à ce que vienne l’inévitable. Et ce sera le début des Archives du Nord, et Anna soror. Mais aussi la   rencontre avec Jerry, photographe d’une équipe de télévision, que Grace lui avait conseillé d’engager comme secrétaire. L’amour n’a pas d’âge, et  ils vivront six ou sept mois par an ensemble, entreprenant de nouveaux voyages, jusqu’au moment où Jerry rencontrera Daniel, qui deviendra son amant et lui causera bien des déboires, jusqu’à lui transmettre le sida. Jerry se suicidera dans un hôtel, après quelques années noires.

Elle lit Borges, qu’elle va rencontrer pour un long entretien. La mort est devenue pour elle un thème obsédant, et elle fera dire à Achille, devant le corps de Patrocle: Beaucoup d’hommes se défont, peu d’hommes meurent. Et, en 1987, comme l’écrit Michèle Goslar, elle a rejoint le promenoir des amis défunts. Il est à noter aussi que c’est à cinquante ans seulement qu’elle a rendu visite à la tombe de sa mère, au petit cimetière  de Suarlée, près de Namur.

Un livre de souvenirs, de photos-souvenirs. de superbes photos, scrutant de près les corps et les visages.De joies et de peines. D’une femme dure envers soi-même et les autres, mais pour qui l’écriture, tout au long de sa vie, aura été le reflet, l’essence même de ces joies et de ces peines. Jusqu’à l’éternité.

Joseph Bodson

Françoise Duesberg, Bleu glycine, Academia.

Françoise Duesberg, Bleu glycine, roman, Academia

Un roman très romanesque, qui commence un peu comme le Grand Meaulnes, pour notre bonheur. Un nouveau dans la classe, dans la grisaille des jours, quelle aubaine! Et si en plus il a l’air d’un beau ténébreux, n’est pas très causant, et s’appelle Lou Steiner, Juliette et Liouba, sans l’avouer, vont bientôt se trouver en position de rivales.

Mais bientôt, l’action va rebondir, comme au beau temps des romans du dix-huitième, où on allait de hasard en retrouvailles: le nouvel amoureux de leur mère a un fils, et ils viendront les rejoindre en vacances, et ce fils, c’est…devinez qui…? Voilà, vous avez gagné! Mais tout cela se fait sans grande emphase, au milieu des plus beaux paysages, et mieux encore, en musique, sur un air de flûte enchantée…J’ai l’air de me gausser, mais, croyez-le bien, j’ai été moi-même pris sous le charme, le charme un peu camaïeu de cette jolie intrigue…Que voulez-vous? Les vieux, ça ne devrait pas devenir vieux, sans en avoir l’air, ils ne font que rêver d’amourettes et d’alouettes qui, d’un coup d’aile magique, les ramènent aux rivages enchantés de leur jeunesse. Pourtant, le monde a tellement changé depuis…tellement changé qu’il reste toujours le même, avec d’autres habits d’Arlequin sous la lune. Bien sûr, je ne vais pas tout vous raconter..mais ce roman, mince en apparence seulement, est tellement bien écrit, tellement naturel, que l’on s’y croirait vraiment, et que l’on se rêve dans la peau d’un héros de roman. Françoise Duesberg serait-elle magicienne? Elle est en tout cas enchanteuse, ou enchanteresse, et nous ne en plaindrons sûrement pas.

Joseph Bodson

Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk, Pourquoi l’émigration? Ed. Academia.

Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk, Pourquoi l’immigration? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au XXIe siècle. Editions Academia.

Un petit livre clair et pratique, qui permet de s’orienter parmi les opinions diverses, bien souvent non fondées ou bien basées sur des informations vagues…où l’on se rend compte par soi-même que l’on ignore beaucoup de choses. 21 questions très pertinentes, auxquelles les auteurs apportent des réponses chiffrées, basées sur des statistiques récentes et des textes de lois, belges ou étrangères.

Citons ainsi, un peu au hasard: Quelle est la différence entre un immigré, un émigré, un expatrié, un étranger, un autochtone, un allochtone, un autochtone, un demandeur d’asile, un réfugié, un « illégal » et un « sans papiers »? où l’on apprend, par exemple, qu’un allochtone n’a pas la même définition en Flandre (un ascendant né à l’étranger parmi les parents et grands-parents, ou une situation défavorisée à cause de son origine ethnique ou de sa situation économique faible suffit), tandis qu’ailleurs en Belgique on vise davantage à l’intégration. Quel rôle pour les scientifiques dans les débats? Ils peuvent précisément apporter des précisions pareilles à celle que nous venons de donner. Et la définition varie de pays à pays. De plus, depuis Schengen, les Polonais, par exemple, ne sont plus considérés comme des immigrés. Les demandeurs d’asile cherchent la protection d’un état depuis la Convention de Genève de 1951: que l’on songe au nombre de populations déplacées en Europe de l’Est après la guerre de 1940.

Que l’on songe aussi au fait que la Belgique, jusque 1918, était un pays d’émigration, surtout vers la France, plutôt que d’immigration. La politique de nos gouvernements, après 1970 et la crise pétrolière, a cessé d’être une politique de recrutement de main d’œuvre. Combien y a-t-il d’immigrés? Ils forment 14, 6% de la population en Wallonie, 11,79% en Flandre, 44,5% à Bruxelles (l’écart est très grand, partout, entre les villes et les campagnes). Les personnes  de nationalité étrangère (11,5% de la population) sont majoritairement des Européens, parmi lesquels les plus nombreux sont, dans l’ordre, les Français, les Italiens et les Hollandais…

Oui, les chiffres, les statistiques ont encore bien des surprises à nous réserver. Mais ces problèmes, liés aux migrations de toute sorte, nous réservent encore bien des surprises, et constituent l’un des défis majeurs de notre temps.

Joseph Bodson