Vivre à Bruxelles ? Survivre plutôt…

A bien y réfléchir, cette ville est le lieu de tous les possibles… Du meilleur au pire !

Imaginez un individu lambda, ni trop ceci ni trop cela, juste un lambda parmi d’autres.

Lambda a pour vocation de s’activer au sein de la ville qui l’héberge… en principe !

Sortir de chez lui est un de ces « possibles », quand le sort en est jeté. Simplement sortir, mettre le nez dehors, aller manger avec des amis, voir une expo, un film, écouter une conférence, faire des courses, rien de bien compliqué au demeurant. Lambda est paisible, convivial, aime rencontrer d’autres lambdas. Qui pourrait lui dénier le juste droit d’aller et venir ? Lambda ne peut compter sur un RER. Pas davantage sur des moyens de transport aisément accessibles. Lambda est âgé et ne pratique plus le vélo qu’en chambre, et encore, en s’épargnant au mieux, crise cardiaque et ostéoporose obligent. Lambda commet donc la première erreur de sa journée, sortir en voiture. Prudemment, il évite les heures de pointe, laisse le terrain libre aux navetteurs-travailleurs pressés par des horaires professionnels. Lambda est pensionné et peut donc s’arranger avec le temps.

Pour accéder aux points névralgiques de sa journée, Lambda cherche un parking. Commence ainsi la galère des choix à faire. Zone bleue ou rouge, deux heures de stationnement autorisé. Zone verte, plus de deux heures et beaucoup d’euros. Lambda tourne et tourne dans les rues. Toutes les places vertes sont bien entendu occupées. Restent les rouges et les bleues. Problème… Comment résoudre la quadrature du cercle plus que vicieux des adéquations horaires imposées par des décideurs-qui-décident ? Envisager un lunch, enchaîner avec les courses… en moins de deux heures, ulcère à l’estomac assuré !

Périple suivant : puisque qu’il n’est pas permis de rester au même endroit quand la plaque d’immatriculation a été enregistrée dans l’horodateur, il faut repartir et trouver une autre place pour prendre un bus ou un tram, destination centre-ville. Bleu exige qu’on ne s’installe qu’à partir de 16h, pour rester dans les clous jusque 18h, Le cas devient grave quand bleu réclame un disque jusque 20h30, si pas plus, selon les communes. Lambda n’est pas difficile. Il coopère à toutes les actions de protection de la couche d’ozone, à tout ce qui peut diminuer la pollution. Lambda est civilement responsable. Mais Lambda tourne en rond et le moteur de sa voiture réchauffe l’atmosphère et noircit les bronches des passants. Lambda est marri. Il ne pourra arriver à temps à la conférence où des amis l’attendent. Tant pis pour le lunch partagé. Tant pis pour le cinéma. Tant pis… Lambda, fatigué par tant d’obstacles, rentre chez lui, d’où il n’aura bientôt plus envie de sortir pour rencontrer d’autres lambdas.

Avec ce pervers « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? », Lambda songe en pure perte aux temps lointains où il n’y avait que quelques milliers d’hommes sur terre, où vivre avait un sens, où les individus n’attendaient pas qu’on décide pour eux…

Lambda aime Bruxelles, mais Bruxelles ne l’aime plus !

Mireille Dabée