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NERDAL Christian

Christian NERDAL

 

 

 

 

Christian Nerdal nous vient d’Hyon (une des localités vertes du grand Mons) où sa famille, venue du Brabant wallon, était implantée depuis 1874. Il aime raconter que son arrière-grand-père, s’y étant établi cette année-là en tant qu’entrepreneur en maçonnerie, a participé à d’importants chantiers montois : ainsi, la prison de Mons, la caserne de gendarmerie, et l’Institut Warocqué !

Cet ancêtre ne s’appelait pas Nerdal mais Neerdael : en 2015, Christian a décidé de se forger un nom de plume en simplifiant tout simplement son patronyme qui était trop souvent mal prononcé ou mal orthographié.

 

Mais qui est le Christian Neerdael d’avant Nerdal ?

 

Même si l’on peut dire qu’il a, comme son ancêtre, une brique dans le ventre, il a plutôt suivi les traces de son grand-père (instituteur) et de son père (directeur d’école) en choisissant de devenir enseignant : licencié en Philosophie et Lettres et agrégé de l’enseignement secondaire supérieur (Université de Liège), il a enseigné les langues germaniques à Mons de 1971 à 1988, puis, ayant réussi une maîtrise en linguistique à l’Université de Mons, fut nommé inspecteur linguistique principal à Bruxelles dans l’enseignement secondaire et les Hautes Ecoles et termina sa carrière comme conseiller à la Politique Scientifique Fédérale.

 

On devine, d’après ce préambule, avoir affaire à un bûcheur (notons qu’il est né un 1er mai !) mais on aurait tort de croire que ce bûcheur mène une vie austère ou soit pour autrui d’une sévérité inflexible… Ceux qui le connaissent bien admirent certes sa puissance de travail, ses qualités d’ordre et de ponctualité, mais le voient avant tout comme un homme de parole et de bon sens, patient, conciliant, humaniste, doté d’une grande sensibilité, épicurien au sens noble du terme et aussi praticien d’un humour bien à lui lorsque, pince-sans-rire, il se met à jouer, à jongler avec les mots…

 

Les mots, enfin nous y venons ! Abordons l’écriture puisque c’est pour son œuvre poétique que Christian Nerdal reçoit le prix Emile Poumon ce jour.

Il nous a dit avoir écrit son premier poème à l’âge de vingt ans, en 1969 (« Ma semaine loin de toi ou la palette d’amour »). Son inspiration va se nourrir d’abord de la vie familiale pour puiser bientôt à d’autres sources et se concentrer finalement sur trois thèmes principaux : l’amour, la mort (qui contient l’obsession du temps qui passe) et… l’humour. Les événements de sa vie – heureux ou tragiques – y transparaissent en filigrane ainsi que ses autres passions : beaux-arts, littératures (française et étrangères), chanson, cinéma, astronomie et… gastronomie !

 

Parvenu à l’âge de la retraite, Christian Nerdal ne risque pas de s’ennuyer, au contraire : il jouait déjà un rôle actif dans la vie culturelle et associative de la région de Mons, il peut maintenant s’y adonner en toute liberté ; de même, il continue à écrire, ne connaissant pas l’angoisse de la page blanche ! Et il peut aussi, désormais, rassembler ses poèmes en recueils et songer à les faire publier.

C’est en 2003 qu’il devient membre de notre cercle littéraire Clair de Luth dont Serge Durieux est alors le président.  Son premier poème publié dans la revue Aura (n° 44, été 2003) s’intitule « Santons et senteurs » et est inséré dans la rubrique « Le clin d’œil d’Aura ». Voici le début de ce texte, écrit en Provence en 1995 :

 

Sent-on les tons vifs des santons ?

Ces tons vifs sont-ils des senteurs ?

 

Ces santons sans poids,

aux senteurs de pois de senteur,

que sont-ils sans toi ?

 

Sans toi et sans tes senteurs,

ces santons aux tons vifs sont sans tons.

 

Sans toi, sent-on les senteurs des santons ?

 

Dès cette date, chaque numéro d’Aura contiendra au moins un poème de Christian, même lorsque la revue deviendra thématique (n° 63, printemps 2009). Qui plus est, il fera bientôt partie du conseil d’administration du Clair de Luth, sera nommé vice-président et assumera pendant cinq ans les fonctions de président en remplacement de Serge Durieux. Quand je parlais d’un bûcheur, homme de parole, patient, fidèle, sur qui l’on peut compter, etc. !

 

Mais il serait temps de présenter ses livres publiés :

– En 2006, il fait paraître à compte d’auteur une monographie sur le folklore d’Hyon : « La Ducasse Saint-Fiacre à Hyon ». Une réédition de cet ouvrage est envisagée.

– En 2015, c’est un recueil de poèmes qui paraît aux Editions Chloé des Lys : « L’homme à tête de taureau ». Ce recueil de 96 pages est divisé en quatre grandes parties : « Aurore printemps écriture » ; « Jour été amour » ; « Crépuscule automne idéal » ; « Nuit hiver mort ». Sous-titres qui donnent une petite idée des thèmes abordés et de la structure soutenant l’ensemble. Les trois thèmes principaux (l’amour, la mort, l’humour) s’y retrouvent, ainsi que quelques thèmes secondaires : l’idéal, l’écriture, la nostalgie. Les allitérations et jeux de mots créent un style très personnel. Les textes, d’une grande variété, provoquent le sourire ou l’émotion, font réfléchir. La fin du recueil est sombre : le taureau sera mis à mort dans l’arène.

– En 2016, un autre recueil contenant des poèmes et quelques nouvelles, est publié par L’Amant Vert Editions, une toute nouvelle maison d’édition de Frameries (près de Mons) et a pour titre : « La mort chez soi » (102 pages). Ce recueil, bien qu’émouvant, n’a rien de macabre : le poète évoque le souvenir de membres de sa famille décédés : ses grands-parents, ses parents, son fils Fabian, d’autres personnes.

 

Christian Nerdal ne manque pas de projets : il met en ce moment la dernière main à un nouveau recueil poétique où il sera question de femmes rencontrées et donc d’amour et de ruptures, mais le titre est encore à trouver ; ensuite viendront un recueil de textes destiné à ses petits-enfants et un autre réunissant des textes mystiques et agnostiques, un recueil philosophique, donc. Il se laisserait enfin volontiers tenter par l’écriture d’une série de nouvelles.

Henri Van Eepoel à la Galerie Dumont

La Galerie Albert Dumont présente les oeuvres du peintre Henri Van Eepoel jusqu’au 19 février 2017, du jeudi au dimanche, de 13h30 à 19h, ou sur rendez-vous.

 

Galerie Albert Dumont – 43, rue Léon Lepage – 1000 Bruxelles.

 

 

 

 

Gaetan Faucer, L’héritage, éd. de l’Arlésienne

Gaëtan  FAUCER, L’héritage, Ed. de l’Arlésienne, 2017, 1,99 €.

Il y a quelque chose de diabolique dans cette histoire de frères prêts à tout pour gober l’héritage de parents détestés.

Faucer met en place les ingrédients de sa pièce avec un brin de machiavélisme, huilant le tout – décor, dialogue, intrigue – avec une réelle facilité.

Les deux personnages de Pierre (écrivain raté) et de Jacques (qu’il n’a plus vu depuis cinq ans) sont équivoques et duplices à souhait, manoeuvrant en sourdine comme des diables, faux comme on peut l’être quand le désir d’avoir déborde de partout.

L’art du dramaturge nous prend par le bout du nez et nous fourre dans de bien sales draps : le spectateur, le lecteur de cette pièce s’en veut d’être passé avec autant d’innocence à côté du réel : ah ! ces retrouvailles fraternelles, fausses et bidons !

Cette douzième œuvre de l’écrivain – né en 1975 – reprend les thèmes des précédentes : des duos noirs et fallacieux, des dialogues de sourds et une violence cachée qui ne peut surgir qu’au bon moment.

Bref, un auteur à suivre.

Philippe Leuckx

 

Exposition: Verhaeren entre Beaux-Arts et Littérature.

  Exposition: Verhaeren entre Beaux-Arts et Littérature

           

On connaît les liens qui unissent Émile Verhaeren et l’art de son siècle. Le musée des Beaux-Arts de Tournai qui fut conçu par Victor Horta pour abriter la collection du sieur Van Cutsem recèle, en ses réserves, nombre de pièces remarquables rarement ou jamais montrées. De son côté, à Bruxelles, les Archives et Musée de la Littérature possèdent des documents éclairant le quotidien et les processus créatifs du poète. Marc Quaghebeur, directeur de cette institution et Tournaisien d’origine, s’est proposé pour mettre en valeur ces divers éléments.

Le résultat est une exposition surprenante, foisonnante, agrémentée d’un fascicule explicatif permettant au visiteur de s’y retrouver car l’absence de cartels afin d’alléger l’expo amène à aller d’un numéro à un autre au risque parfois de tournis. Mais le résultat vaut l’effort.

Des arts qui se transforment

D’abord, il y a ces pièces majeures que sont les Manet de la collection tournaisienne. Ils trônent dans la splendeur de leurs coloris et l’humanité de leurs personnages. Le paysage marin de Monet présente une sorte de fusion entre minéral et végétal. Celui de Seurat, avec son pointillisme, rend quasi la finesse de l’air ambiant. Le « Pont de Londres » de Bastien-Lepage met en valeur le contraste de la luminosité et de l’ombre de l’arche. Quant à la chaîne des gens occupés à combattre un incendie que dépeint le même artiste, elle excelle à souligner les effets lumineux du feu dans la nuit.

Le quatuor campé par Monticelli démontre à quel point la matière picturale acquiert une importance capitale à l’époque. À l’inverse, plus lisse, l’esquisse de Carrière valorise les têtes fantomatiques de spectateurs fascinées par une scène théâtrale. Un petit Signac suggère Venise à travers des bateaux.

Un fort beau petit Ensor reprend un des thèmes favoris du peintre : « Pierrot et quelques squelettes ». Pour l’accompagner, des œuvres plus conventionnelles tels qu’une nature morte ou des péniches sur l’Yser traités selon un impressionnisme éloquent. Un potager de Van Strydonck éclate de couleurs tandis qu’un champ de Scholback joue de nuances de verts. Claus offre un portrait de femme qui n’est que luminosité.

Il ne faudrait pas oublier que l’épouse de Verhaeren était peintre. Elle a laissé plusieurs portraits de son mari dans une veine très impressionniste, aux couleurs radieuses pour les tableaux, plus réaliste pour les dessins. Il en est d’autres que signent Van Rysselberghe ou Spilliaert. Quant à savoir à quoi ressemblait la compagne bien aimée, c’est un pastel gras de Sterckmans qui lève le voile ou encore un dessin de Donnay ainsi qu’une toile encore de Rysselberghe qui irradie de l’éclat de ses coloris. Enfin, à la sortie du musée, sorte de synthèse idéalisée de l’existence des écrivains et artistes de ce début du XXe siècle, un Van Strydonck qui rassemble, à Blankenberghe, un déjeuner amical où la blancheur de la nappe s’allie au soleil entré par la fenêtre.

Le dessin signé Van Gogh dresse, lui, ses silhouettes connues des oliviers provençaux. Le fusain de Courbet souligne délicatement la jeune fille captivée par sa lecture. Il y a du mystère dans le projet de Redon pour un frontispice destiné à un des livres du poète. On devinera aussi ce qu’il en est, une fois le livre édité, ce que cela peut devenir une fois imprimé. De mini-aquarelles de Cross donnent de l’élégance à des ambiances de petit matin, tandis qu’une étude de nu s’affirme comme appartenant au fauvisme. Témoins d’une époque, ajoutons ces caricatures de Montald à propos d’officiers allemands. Une eau-forte de Tribout trace du poète un portrait vigoureusement stylisé, rythmes graphiques sur fond de papier.

Côté sculpture, la sensualité très sexuelle des « Sirènes » de Rodin s’étale avec jouissance. Un petit plâtre de Bourdelle intitulé « La Petite bacchante » n’a rien à lui envier. Sensuel également ce marbre de De Lalaing intitulé « Femme accroupie », de même que cette «Fileuse » passablement dévêtue par Van Der Stappen. La jeune fille de Barthélémy Frison est dotée d’un corps attirant sur un visage encore empreint d’illusions. Retour à la littérature avec Minne qui esquisse le futur monument consacré à Rodenbach.

La vie littéraire qui anime et la vie privée qui se déroule

Lorsqu’on pénètre dans l’intime du personnage, une halte s’impose dans le bureau où attend un secrétaire de style empire. Il y a, à travers diverses vitrines, des objets personnels (pipe, étui à pince-nez, porte-plume…) et surtout des manuscrits  de Verhaeren. Ils permettent de voir son écriture mais aussi ses ratures, ses corrections, ses tâtonnements parfois. Ils évoquent des recherches effectuées en vue d’articles, par exemple, sur les illusions d’optique. On trouve également des livres sortis en librairie, ce qui met à voir des reliures, des couvertures, des illustrations comme celles de Van Rysselberghe.

Voici son premier poème de guerre, fin septembre 1914, pas loin d’un permis de circuler en voiture durant le conflit. Ou encore l’annonce d’une matinée ou d’une conférence en faveur de victimes de la guerre auxquelles notre compatriote participe. Et notamment celle qu’il prononça, à Rouen, juste avant sa mort. Puis une lettre d’amour qui a valeur d’émouvante confession.

Parmi la correspondance échangée avec des artistes, certaines témoignent de la reconnaissance pour un article de critique d’art ou une monographie en leur faveur. Seurat ou Signac font part d’expositions futures. Rodin félicitera l’écrivain pour son attitude engagée durant la guerre 14 ou lui souhaitera une guérison rapide lors d’une maladie.

Des confrères disent leur perception de l’œuvre. C’est le cas de Fénéon, de Maeterlinck commentant la « Trilogie noire », de Mallarmé ravi des « Villages illusoires ». Par contre, des individus s’offusquent, comme ce vicaire effaré des débordements décrits dans « Les Flamandes ». L’écrivain lui-même envoie une missive à Romain Rolland pour saluer son pacifisme. Trouve là aussi sa place un discours de Valéry lors de l’inauguration d’un buste à Paris. De même qu’une lettre de réflexion au sujet de l’évolution de l’art en France

Verhaeren écrit à sa mère pour la rassurer, il dédie à sa sœur un poème lors de son mariage. Par contre, c’est son épouse qui déplore sa solitude puisque l’écrivain est souvent absent.  Il reçoit des messages de gens qui s’inquiètent de sa santé.

Des photos soulignent l’aspect documentaire de l’expo. Ainsi celle du cabinet de travail dans sa demeure de Saint-Cloud. Une de Marthe, sa femme, en train de peindre. Une du transfert du corps vers le tombeau de Sint-Amands et une d’enfants entourant le monument funéraire. Un cliché de son père et un de sa mère.

Étonnant enfin, ce disque 78 tours sur lequel est gravée la voix du poète disant deux de ses poèmes les plus connus, « Le vent » et « Le passeur d’eau ». Ainsi sont réunis en une même exposition l’homme public et l’homme privé, le poète et le critique d’art, le passage de l’art à un début de modernité et la continuité de la tradition, les œuvres conservées à Bruxelles et celles rassemblées à Tournai et, dans un livre-catalogue signé Quaghebeur, remarquablement mis en pages, des poèmes choisis, divers textes et des illustrations pertinentes.

Michel Voiturier