Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie
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ZZZ _ NON CLASSE

Paul Roland, Hivers traversés de ciel bleu.

Paul ROLAND, Hivers traversés de ciel bleu, Les Déjeuners sur l’herbe, 2016, 10€. Collection Musique des mots.

 Ce qui naît de la rue/ n’atteint plus les fenêtres

Les beaux poèmes écument la rue, les fenêtres, la ville, dessinent à points précis les « appels de mendiant » ou « l’espoir/ d’un jour de fête ».

Il gèle à vitre fendre.

À force d’observer les saisons et les rues, le poète ouvre des brèches, signale des présences, aiguise le regard : le soleil escalade les balcons.

« Le vieux pavé » a bien des choses à raconter et « l’ombre des femmes » prégnante, jusqu’à étendre  leur présence tout au long d’un long poème (le 25) :

Femmes sous les fenêtres,

d’où venez-vous,

les yeux penchés

sur les neiges d’antan ?

Le poète sait recueillir l’impalpable, « les mots partagés », les clameurs des « derniers fêtards » et « les fenêtres reçoivent/ d’un ange aveugle/ une lumière/ où palpite le cœur aimé ».

Trente-trois poèmes de célébration de la vie, parfois miséreuse, parfois faillie, toujours fêtée par un amoureux d’une langue claire, aux belles images sonnantes.

Philippe Leuckx

Jean-Marc Ceci, Monsieur Origami

JEAN-MARC  CECI,   MONSIEUR  ORIGAMI,  Gallimard, 2016.

Premier roman d’un jeune écrivain belge, publié à Paris chez Gallimard, le fait est assez rare et mérite qu’on s’y intéresse. Roman ? Plutôt un conte écrit comme une suite de brefs dialogues, d’informations et de descriptions à la fois minutieuses et millimétrées et de beaucoup de blancs, de silences, de petites phrases énigmatiques, pudiques ou strictement nécessaires. On l’aura compris : une sorte d’exercice de style, inspiré du haïku, imprégné de philosophie bouddhiste, intensément zen, si l’on peut dire, et tout orienté vers la méditation. Il y a toutefois une histoire étrange qui est racontée et qui sert de prétexte à la réflexion : un jeune homme, Kurogiku, tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il va habiter dans une ruine et mener une vie d’ermite qui va durer quarante ans. Sa seule occupation : fabriquer du washi, du papier artisanal avec lequel il créera des origamis. Un jeune horloger, Caspero, va le rencontrer et confronter avec lui la complexité de son métier qu’il veut pousser à son sommet et l’apparente simplicité de l’art du pliage. De ces conversations très subtiles tout en étant condensées à l’extrême le lecteur tirera des enseignements précieux sur le temps, le travail, la vie, la mort, la guerre, la beauté, l’ici et maintenant… Il comprendra aussi que cet étonnant plieur de papiers blancs s’est replié sur lui-même à défaut d’avoir connu les couleurs et les plis complexes de l’amour…A lire en position zazen, les jambes savamment croisées sur un coussin tout à fait silencieux.

                                                                  Michel Ducobu

DUESBERG Françoise

Françoise Duesberg

Née à Bruxelles de père verviétois et de mère carolorégienne, Françoise Duesberg passe son enfance entourée de livres. A sept ans, elle annonce qu’elle sera bibliothécaire (ou prof de gym). Elle devient sociologue, enseignante et chercheuse puis travaille dans le secteur de la santé mentale. Mais l’écriture prend une place de plus en plus importante. En 2015, elle publie un roman, « Le fleuve et la barrière », et un recueil de nouvelles, « La valise » (tous deux chez Academia).

Elle vient de terminer un roman pour adolescents, « L’île des premières fois », et elle prépare un second recueil de nouvelles.

 

Site : fduesberg.wix.com/auteur

 

Werner Lambersy, Escaut!Salut, suite zwanzique et folkloresque.

Werner Lambersy, Escaut ! Salut , suite zwanzique et folkloresque, Paris, Opium, 2015, 128 p.

Ils sont quelques-uns à avoir arpenté les berges de l‘Escaut de sa source à son embouchure ou vice-versa : Marie Gevers, Michèle Vilet en compagnie de son frère photographe Jacques, Franck Venaille, Luc Devoldere…  Lambersy, qui naquit à Anvers d’un père flamand et devint écrivain francophone, est bien placé pour parler d’un pays et de villes qui sont siens.

Il a choisi de nous balader en vers brefs, libres, placés dans des strophes qui comptent entre un et trois vers. C’est dire déjà qu’il n’y aura pas d’emphase, pas non plus de cette grandiloquence qui, parfois, alourdit les vers de Verhaeren, poète francophone de Flandre, qui a, lui aussi, consacré des poèmes à l’Escaut.

Lambersy ne se contente pas de la géographie. S’il décrit un peu les sites traversés et le climat qui les caractérise, il nourrit son écriture d’éléments puisés dans l’histoire, la culture, la mentalité des régions parcourues. Qu’on se rassure, ceux qui ne sont ni du pays ni du coin ont droit à des notes, pas trop nombreuses, qui permettent d’être éclairé à propos de choses très locales.

Remontant vers l’estuaire, le poète part d’Antoing avant d’aborder Tournai. Une fois passée la frontière linguistique, le voici à Audenarde, Gand, Wetteren, Termonde pour aboutir à Anvers, là où, pour lui, tout a commencé.

La lecture mène à percevoir une région à travers des images verbales, ces métaphores que l’écrivain affectionne et qui incitent l’imagination à fonctionner et la langue à prendre une autre dimension que celle de l’information purement fonctionnelle. Ainsi « On retourne la crêpe / du jour dans le poêlon de la révolte ». Ou encore « une batelière aux / seins larges / fixe à la corde d’un crépuscule / son linge bleu ».

  Ce qui se mêle forme un ensemble qui oscille d’un passé par moments retrouvé à un présent qui sait qu’il ne reviendra pas en arrière. Le monde d’hier et celui d’aujourd’hui coexistent. Ils se croisent. Ils font en sorte que se dessine un univers très particulier qui fait l’identité de la Belgique.

Ce point de vue se tisse au fil de rapprochements insolites, comme des carbonnades au pain d’épices et la couleur des chevaux du duc d’Albe, des chopes de bière artisanale et des airs de rock… Cela se confond en un même ensemble : le maréchal Montgomery et la danse d’Anne Teresa de Keersmaeker, les courses cyclistes et les touristes japonais, le gâteau Boma-Matadi et le Big Mac…

De plus, il y a, outre les notes déjà citées, une étude de Michaël Vandebril à propos de Lambersy qui « laisse deviner où sont ses racines. Elles sont bel et bien en Belgique, cet étrange pays, melting pot de culture romaine et germanique » ; une seconde de Thomas Joiret qui remarque, entre autres, qu’ici « L’écriture ne se fait plus langage, elle devient machine de production, usine à mémoire ». Enfin, et ce n’est pas négligeable : cette édition est bilingue grâce à une traduction de Guy Commerman.

Michel Voiturier