Claude RAUCY, Sans équipage, Bleu d’encre, 2017, 56p., 12€. Dessins de Jean Morette.

Des bateaux factices dans les rigoles de nos enfances, des frères d’armes que l’on se donne à défaut de véritable équipage en croisière : Claude Raucy propose dans ce beau recueil quelques traces nostalgiques d’un lointain passé, lorsque l’enfance baignait ses rêves et lui assurait peut-être de folles aventures avec ses potes.

L’imparfait résonne comme le temps vrai qu’on ne peut balayer d’un seul coup d’épaule : c’est le temps indéterminé et lent des plus beaux rêves. La mer est ici la référence insigne d’un univers où plages, barque, bateau prennent une allure « éternelle ».

nos petits bateaux de papier
filaient tout le long du ruisseau

vous marchiez main dans la main
visages vers le bout du monde
elle chantait des airs bretons

C’est l’époque heureuse des copains, des premières amours, des horizons à conquérir et des « îles » forcément magiques :

nos îles de torrents et de cocotiers
de vieux forbans aux yeux de guêpes
tu les voulais comme on veut un destin…

La fraternité n’a pas pris de rides mais le temps a passé et une sourde nostalgie vibre sous la chemise de ce poète au fond classique dans la forme brève, moderne par les préoccupations intenses qui se lisent au fil des vers :

frère ô frère
y a-t-il d’anciens amis
survit-on aux naufrages
et pour quels rivages amers

Oui, « vivre fatigue » comme le disait si bien Izzo et le temps corrode les plus beaux contours. Claude Raucy honore en tout cas, de manière touchante, les disparus de nos vies. Ces pépites heureuses de l’enfance. Et l’amertume perce de les avoir perdues.

Belles illustrations grisées de Jean Morette, alignant avec rapidité et justesse les paysages rêvés de petites embarcations à destination des plus beaux voyages.

Philippe Leuckx