Un poème nous est venu de Pierre Guérande:

Meuse endormeuse

… et douce à mon enfance

(Charles Péguy)

à Monique Navez

Et plus loin, le bonheur en pièces détachées

en tronçons tarifés pour l’honneur des lisières

et en vastes décors découpés en épures

Quelques talus hirsutes quelques rives farouches

et ce large miroir qui suffit à la glèbe

aux pèlerins du sable et aux routiers des eaux

C’est le lieu pacifié où l’angle de la route

joint la courbe du fleuve en un long bercement

Les chalands boursouflés peinent à l’aventure

si bénigne pourtant et rétive à l’exil

Sur les berges le ton est donné de sourire

à la lenteur des choses et au silence aigu

des roturiers de l’onde assoiffés d’atterrages

Plus loin chaque destin reprend sa propre route

quand au détour fervent des écluses maudites

la libre accoutumance éprouve son salut

La barque, le chariot, l’attelage démasquent

des horizons nouveaux de langue sibylline

qui demain seront leurs dans les mouillages bleus

les reposoirs des landes et les prés éperdus

Déjà recomposé, le bonheur s’insinue

dans la conscience vive et l’abandon feutré

Ressourcement paisible au glissando du rêve

Pierre Guérande

Bas-Oha, 2013