Propos recueillis par Noëlle Lans.

Chanteuse, pianiste et compositrice, vous faites vos premiers pas scéniques, début des années ‘80, au Grenier aux Chansons, lieu mythique situé à deux pas de la Grand Place de Bruxelles où officiait Jane Tony. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Le Grenier aux Chansons était une véritable école de la scène et de la chanson sous la baguette de Jane Tony, à l’instar du Petit Conservatoire de Mireille à Paris où j’ai d’ailleurs fait un jour une audition.

Quand on avait chanté au Grenier, tous les weekends pendant un an, on était prêts à conquérir la planète !

Les souvenirs du Grenier, c’est aussi des amitiés de plus de trente ans comme Maurane, Marc Herman ou Daria de Martinoff.

 

Grâce à votre participation aux Découvertes Francophones de TF1, en 1980, vous décrochez le 1er Prix auteur-compositeur-interprète des télévisions francophones à Montréal avec la chanson Un piano sur le rivage. Est-elle devenue votre chanson fétiche ?

C’est une chanson présente dans mon répertoire lors de chaque récital et ceci depuis 37 ans. Les jeunes, qui la découvrent aujourd’hui, l’apprécient ! Elle synthétise tout mon amour pour la mer et pour la musique.

Vous composez des chansons au départ de vos propres textes mais également de ceux d’auteurs belges comme Pierre Coran, Michel Joiret ou encore Raymond-Jean Lenoble (…) Comment effectuez-vous vos choix ?

S’il est vrai que j’ai écrit parfois les paroles, je suis beaucoup plus à l’aise au clavier. Quand je reçois un texte, je suis d’abord séduite par les émotions et les images perçues à travers les mots. Je le place sur le pupitre du piano et la mélodie vient en quelques minutes. En pensant lire le texte, en fait, presque sans m’en rendre compte, déjà je le chante. Donc, j’ai un enregistreur toujours à portée de mains à ce moment-là !

Vos sources d’inspiration sont très éclectiques et vous êtes très créative aussi bien dans le domaine de la musique sacrée, que dans celui du jazz, ou encore de la comédie musicale. Ainsi, en 1995, lors du 32ème Festival International de Musique Religieuse de Popayan, vous composez Ave Maria & Messe de Popayan. L’œuvre écrite pour voix soliste, chœurs et orgue, sera interprétée à Bruxelles, à Budapest et à Vienne et enregistrée avec la Chorale Royale Protestante de Bruxelles. Un moment fort de votre carrière ?

Sources d’inspiration éclectiques oui ! Pour moi, il n’y a pas de barrières en musique. Parmi les domaines que vous citez, il y a eu aussi la chanson pour enfants avec deux spectacles « Portraits d’enfants » et « Côté Jardin » à la fin des années ‘80 jusqu’en 1995 environ ; cela correspond à ma vie familiale et à l’enfance de mes deux garçons.

L’œuvre Ave Maria & Messe de Popayan, créée en Colombie d’où son nom, est une étape très importante de ma carrière. Elle est née à partir de la composition d’un Ave Maria pour le mariage d’un ami musicien et du plaisir immense de chanter dans des églises et autres cathédrales. C’est à ce jour ma seule partition de 42 pages de musique dite sérieuse ou classique ! Je travaille à la faire connaître davantage et par d’autres interprètes.

Côté jazz, en 2007, vous proposez, en connivence avec Charles Loos (piano), Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse), Fabrice Alleman (sax) et  Luc Vanden Bosch (drums) – quatre jazzmen belges chevronnés – un concert autour de Michel Legrand. Comment avez-vous vécu cette expérience ? S’est-elle renouvelée par la suite ?

Les chansons de Michel Legrand sont pour moi la quintessence du plaisir que l’on peut ressentir en chantant. Mélodies magnifiques mais difficiles, harmonies pleines de surprises et richesses musicales en tout genre ! J’ai conçu ce spectacle « Univers Legrand » avec des morceaux connus bien sûr mais aussi avec d’autres pépites redécouvertes et réarrangées en connivence avec Charles Loos, pianiste qu’on ne présente plus. Ce concert a tourné avec ces fabuleux musiciens mais trop peu à notre goût ; depuis un an ou deux, on reparle beaucoup de Michel Legrand, peut-être étions-nous sur scène un peu trop tôt par rapport à l’actualité… Ceci dit, nous serions prêts à le reprendre!

La musique que vous composez pour le spectacle Thyl Ulenspiegel  est produite et éditée par Del Diffusion et vous en assurez la direction lors des représentations qui ont lieu à Villers-la-Ville, en l’an 2000, devant 21.000 spectateurs. C’est impressionnant !

21.000 spectateurs, alors que l’été 2000 a été l’un des plus pluvieux de ces dernières décennies et donc plusieurs représentations supprimées à cause de la météo…

La composition de Thyl Ulenspiegel s’est  faite en parallèle à la Messe de Popayan entre 1994 et 2000. Comme quoi musique sacrée et musique profane peuvent cohabiter !

Patrick de Longrée (producteur de Del Diffusion) a été séduit d’emblée par les premières musiques mises sur les textes originaux de Charles De Coster et proposés par Michel Guillou, metteur en scène.

L’expérience a été fabuleuse et le résultat d’un immense travail de collaboration avec Philippe Navarre pour les orchestrations.

La comédie musicale est pour moi l’une des formes les plus complètes de spectacles et ce rêve est devenu réalité cet été 2000. De plus, Le Prince Philippe et la Princesse Mathilde nous ont fait l’honneur d’assister à la Première !

On vous doit aussi la musique de la comédie musicale Balladino le Messager du soleil sur les textes de Julie River, fondatrice de l’association Les Messagers du Cœur « qui fait entrer l’art dans les services de pédiatrie ». Aura-t-on le plaisir d’assister bientôt à sa création ?

Balladino le Messager du Soleil sera un très joli spectacle musical (23 chansons) et familial. Une jeune troupe de théâtre manifeste actuellement son intérêt et projette de le monter, mais le spectacle musical demande beaucoup de moyens financiers (son, éclairages, CD, etc.). Nous espérons de tout cœur qu’il sera présenté sur scène dans un futur proche.

Durant l’été 2015, vous avez également été coach vocal des comédiens-chanteurs de La Mélodie du Bonheur dans la cadre du Festival Bruxellons ! au Château du Karreveld à Bruxelles. Une expérience jubilatoire ? À renouveler ?

Étant donné que j’ai une expérience de plus de trente ans dans l’enseignement du chant, on m’a proposé de former les comédiens qui étaient non-chanteurs à la base, comme le rôle principal Maria et les enfants Von Trapp, entre autres. La partition de la Mélodie du Bonheur est charmante, belle et plus difficile qu’il n’y paraît de prime abord. Très bonne expérience, belle équipe et émotions assurées, de la Première à la Dernière.

Le jeune public n’est pas oublié dans vos spectacles. Vous créez notamment  pour lui Faut qu’ça bouge ! sur des paroles du romancier et scénariste belge Benoît Coppée. Le jeune public est-il un  « bon public»?

Le jeune public est un excellent public quand on l’apprivoise, c’est-à-dire qu’il faut l’accrocher et qu’il se sente concerné sans tomber dans la facilité de type « animation » en faisant, par exemple, taper dans les mains.

« Faut qu’ça bouge ! » est un projet dont le thème central est celui de la place de la petite fille dans notre monde, place qui n’est pas toujours simple. Les chansons sont tantôt tendres, tantôt drôles. Ce projet de spectacle ne demande qu’à être monté. Avis aux professionnels de la chanson jeune public !

Mais vous n’êtes pas « qu’une artiste multipiste et polyphonique »… De 1995 à 2001, vous assurez aussi la gestion et la direction artistique du Centre Culturel d’Uccle (en tant que présidente) et vous y créez le Festival La Cerise du Gâteau. En juin 2010, vous êtes aussi la première femme élue administrateur de la SABAM, société que vous représentez au  sein du Comité de Concertation des Arts de la Scène de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2012. Vie artistique et vie administrative ne sont donc pas inconciliables ?

La gestion de la culture et celle du droit d’’auteur m’ont toujours intéressée au plus haut point en m’investissant pour défendre les artistes et les créateurs. Il est vrai que gestions administrative et financière peuvent paraître difficilement compatibles avec la création artistique mais, à mes yeux, pas inconciliables. À cet effet, trop peu d’artistes se préoccupent de la gestion de leur société de droits d’auteurs, en l’occurrence la SABAM, et je trouve cela regrettable car il s’agit de leur gagne-pain.

Vous donnez également  des cours de chant. Certains de vos élèves font-ils carrière et/ou vous surprennent-ils par la qualité de leur travail ? Restez-vous complices avec certains au point de partager la scène avec eux ?

Quand on a beaucoup de concerts à son actif, on a envie de transmettre cet art et cette passion aux autres. J’ai plusieurs élèves de chant qui sont passées entre mes mains et ont franchi le cap professionnel. Comme Aurore Delplace, rôles importants en comédie musicale à Paris et sur FR2, Typh Barrow, Lia (Alice Spapen) et Ines Bally, demi-finaliste à « The Voice » Belgique et qui va intégrer en septembre une grande école d’arts de la scène à Londres.

Passionnée par les langues et particulièrement  l’anglais, vous venez de publier un ouvrage intitulé « Vade-mecum 2000 proverbes et expressions quotidiennes français-anglais » (Edilivre – février 2017). Un nouveau « challenge » ? Une récréation ? Les deux, peut-être ?

Les langues m’ont toujours passionnée tout comme les voyages et en particulier l’anglais et l’espagnol. Ce livre est au départ une récréation personnelle afin d’approfondir mes connaissances. J’y ai travaillé pendant cinq ans, à l’aise, durant les weekends et les vacances jusqu’au jour où je me suis dit pourquoi pas le faire publier. Cette mise en parallèle des deux langues est très amusante.

Comme cette interview est destinée à l’Association des Écrivains et Artistes de Wallonie, avez-vous quelque lien avec le sud du pays (racines familiales ou autres) ? Un souvenir qui vous a marquée (spectacles…) ?

Mon lien le plus direct est le lieu de ma naissance, à la maternité Reine Astrid de Charleroi, ville où je n’ai vécu que six mois car mon père y travaillait comme ingénieur en chef à la SNCB !

Quand je me déplace en voiture en Wallonie, je ne compte plus les villes et villages sympathiques où je me suis produite en tour de chant. J’ai un gros faible pour le Namurois et l’Ardenne.

Un merveilleux souvenir a été d’être membre du Jury du Festival International du Film Francophone de Namur en 2006 et d’y remettre le prix Sabam de la meilleure musique de film. Une semaine de films à visionner du matin au soir et de convivialité internationale comme namuroise !

Si vous pouviez formuler un souhait pour l’humanité ?

Si je devais avoir un seul souhait… Que les femmes de la terre entière puissent vivre sur un pied d’égalité avec les hommes. Mais quel chemin à parcourir pour y arriver !

Un souhait pour vous ?

Un prochain enregistrement de disque de jazz avec des compositions personnelles et des reprises… Et aussi que les deux spectacles familiaux dont je parlais ci-dessus voient le jour sur scène.

Et enfin, que mes deux garçons soient toujours heureux dans leur vie et réussissent tout ce qu’ils entreprendront. C’est là mon plus grand souhait personnel.

CD

1994 : Côté jardin

1998 : Ave Maria et Messe de Popayan

2000 : Thyl Ulenspiegel

2004 : Déposer les larmes