JULES BOULARD, SEL, POIVRE & MARJOLAINE, roman, Memory, 2013, 131 pages, 17 euros.

Quand trois anciens, François, Charles et Guillaume, se rencontrent, et sur une suggestion  d’Aldo, garçon à la Brasserie de la Grand-Place à Mons, fondent la « Joyeuse Confrérie des Compagnons de Lucullus », sont rejoints par « deux dames « bien mises », Annabelle, la plus âgée et Marjolaine, redécouvrent Mons – c’est un des objectifs de l’association- et se retrouvent  régulièrement à l’établissement « Les Gribaumonts », au coin de la rue d’Havré et de la rue de la Biche.

Mons, en toile de fond mais aussi promue au rang de premier personnage de ce roman. Mons, redécouverte à travers, littérature, peinture, histoire ( notamment la Révolution française et la Commune), évoquée à travers  la franc maçonnerie. Mons, où l’on apprend ce qu’est un Montois Cayaux. Mais, cette ville, c’est aussi celle de la gastronomie, où, aux Gribaumonts, on disserte à perte de vue sur les mets, que ce soient le filet mignon, le magret, les calissons, les poules de Noirans et celles de Marans, et de bien d’autres choses délicieuses, propos gastronomiques  agrémentés par les digressions littéraires – notamment la  poésie de Guillaume- philosophiques et autres. Ces propos érudits seront exposés sur le mode de la dérision , du refus de se prendre au sérieux. Et que dire des vins, et pas seulement de France ? L’auteur nous met vraiment l’eau à la bouche, passe maître dans leur description. Mais, n’oublions pas les bières, amplement décrites en leurs saveurs et couleurs (ah, les biérologues du Roeulx !).

On ne peut passer sous silence la tendresse et l’amitié. Comme le dit Annabelle, « la solitude est d’autant plus pesante que le cœur déborde de tendresse inutilisée ». On connaît Jules Boulard : c’est un homme de grande humanité. Celle-ci  est omniprésente dans son roman. Mais, puisque nous sommes dans « l’humain », vont se croiser des sentiments divers : Charles, qui nourrira de tendres sentiments pour Marjolaine, s’inquiète de devenir jaloux de Ranvier, qui avait rejoint l’association ; elle finira à partir à Paris avec Ranvier, Marjolaine, laissant à Charles le soin de sa chatte, Tanit. Annabelle, qui « choisit de disparaître, simplement, sans adieux ni regrets ».  Mais on n’en devient pas pour autant neurasthénique. C’est qu’il y a une autre manière de regarder les choses, même si comme le dit  Charles, « nous, les vieux, à table, nous avons toujours quelques pilules à prendre ».

On laisse au lecteur le plaisir de découvrir l’épilogue, plein de tendresse, de drôlerie, d’humanité.

Le livre se clôture sur quinze recettes. De quoi mettre ce beau livre en pratique.

 

                                                                       Michel WESTRADE

                                                                       24 février 2014