MILO  DARDENNE,  LE PEINTRE  DU  SILENCE

 

C’est sous ce titre que l’artiste de Houyet expose, cet été, à l’Espace Wallonie-Bruxelles, un ensemble important de son œuvre picturale. L’alerte septuagénaire n’a rien perdu de sa vigueur expressive. On reconnaît d’emblée ses toiles sans devoir lire la signature. Un style expressionniste, rude, débarrassé de tout détail inutile, quasi sculpté à même le tableau pour mettre en lumière la condition ouvrière et paysanne, le geste lourd et épuisant du laboureur, du faucheur, du bûcheron, du mineur. Même celui du chasseur est grave et tendu. Rien n’est facile dans cet univers des humbles et des ouvriers de l’ombre. Les couleurs, volontiers brunes, grises et ocre renforcent le climat éprouvant et l’absence de paroles. Visages fermés, à peine esquissés, étreintes parfois des couples mais sans signes extérieurs de liesse. Il y a du Permeke dans cette manière de saisir la réalité et ceux qui la pétrissent quotidiennement dans leurs paumes calleuses. Mais l’un n’est pas l’autre. On devine surtout l’influence d’un Albert Raty car, même dans les saisons sombres, subsiste une lumière, une clarté, une chaleur qui n’est pas du tout comparable à l’atmosphère des polders et à la palette épaisse et noire du maître flamand. Il faut lire en plus, chez Dardenne, un message et  un engagement : le peintre s’insurge contre l’inégalité criante des situations sociales, la répartition injuste des biens, le pouvoir laissé aux mains des possédants. Le geste de chaque personnage a sa valeur de témoignage, de révolte contre un monde toujours inégalitaire. Au bout de la hache il y a un poing qui se lève et qui dénonce, comme chez le sculpteur Constantin Meunier. Une œuvre quelque peu anarchiste, avoue l’artiste en parlant de son travail, ou plus simplement « miliste » dans le sens qu’il réserve à ce néologisme frondeur : amour de l’homme simple, solidarité avec les plus démunis, et grandeur du labeur de la terre et du bois comme seule et incomparable richesse !

 

Michel Ducobu

 

Pour plus d’informations sur le peintre, nous renvoyons le lecteur au n° 29 de la revue Reflets Wallonie-Bruxelles de juillet-août, parue en septembre 2011, dans lequel figure un dossier avec photos, ainsi qu’au beau livre de Jean-Pierre Pirson, publié chez Weyrich, en 2010.

 

« Milo Dardenne, le peintre du silence », exposition ouverte jusqu’au 2 septembre 2017, du lundi au vendredi, de 11h à 18h, et le samedi, de 13h à 18h.

  Le faucheur d’or (huile sur OSB)

Milo Dardenne, né à Sommière (Onhaye) en 1938, réside à Houyet, sur les bords de la Lesse. Éducateur interne durant trente ans dans l’enseignement officiel, auteur-compositeur-interprète, Milo Dardenne dépeint, au travers de ses toiles, la réalité quotidienne et la condition humaine de nos campagnes de jadis, entre travaux forestiers et agricoles.

Souvent qualifié de « Permeke wallon », disciple d’Albert Raty, il est, depuis une soixantaine d’années, l’auteur d’une œuvre picturale abondante. On ne trouve chez lui aucun détail superflu, uniquement des masses solides et trapues, des attitudes sommaires, des atmosphères, du silence. La peinture de Milo Dardenne est reconnaissable au premier coup d’œil au point qu’il pourrait même se passer de signer ses tableaux.

Dans le cadre de ses missions, le Service public de Wallonie rend hommage à Milo Dardenne en accueillant ses toiles à Bruxelles. Cette exposition s’imposait comme une évidence pour souligner l’apport du peintre à la défense et à la promotion de l’identité wallonne. Deux sculpteurs seront présents à ses côtés : son fils Gatien Dardenne et Xavier Embise.

Nul doute que les tableaux exposés à l’Espace Wallonie de Bruxelles permettront au plus grand nombre de découvrir la Wallonie à travers les yeux d’un peintre, amoureux de sa terre et de ses habitants.

Espace Wallonie de Bruxelles – 25, rue Marché-aux-Herbes – 1000 Bruxelles

ew.bruxelles@spw.wallonie.be

02/506.43.40 ou 41

Entrée gratuite. Livre en vente au prix de 10 €.