L’Association royale des écrivains et Artistes de Wallonie (dialectaux et francophones) est une très vieille dame respectable, ce qui ne l’empêche pas d’être sensible à l’humour, de savoir s’amuser – les Wallons sont connus pour leur goût de la fête – et d’être ouverte aux nouveautés de l’heure actuelle, sans trop sacrifier pour autant à la mode d’un certain jeunisme. Les modes passent très vite, tandis que la vraie jeunesse, elle, est éternelle.

Elle est ouverte à tout ce qui touche dans notre région à la littérature et aux arts. Nous voulons que rien, dans ce domaine, ne nous soit étranger. Il est donc hors de question que nous nous inscrivions dans une école ou une tendance quelconque. Nous sommes ouverts à toutes, mais nous refusons le ghetto : ainsi, en poésie, ni classicisme, ni hermétisme, mais accueil à toutes les formes de poésie. C’est ce que marque le titre de notre revue : Reflets/Wallonie-Bruxelles. Notre ambition est seulement celle-là : offrir à nos membres, à nos lecteurs, une image fidèle de ce qui se passe, en Wallonie et à Bruxelles, dans le domaine de la culture. Et cela, aussi bien de la culture populaire que de celle qui s’adresse à une minorité de savants ou de lettrés. Vous y trouverez, à l’occasion, des articles traitant de la balle pelote, par exemple, et d’autres sur tel ou tel poète réputé hermétique.

Nous n’entretenons aucun antagonisme, aucune jalousie, vis-à-vis d’organismes ou de revues qui pourraient sembler nous concurrencer. Nous entretenons les meilleurs rapports avec l’Association des Ecrivains belges, par exemple, et l’Association Charles Plisnier. Dans notre revue des revues, nous recensons aussi bien Louvain qu’Espace de libertés. Nous avons invité, lors de nos séances mensuelles, aussi bien Guy Spitaels qu’Hervé Hasquin. Il est une seule chose que nous ne puissions tolérer, c’est l’intolérance, le rejet, la moquerie vis-à-vis de l’autre, que l’autre soit Flamand, Nord-Africain, ou de quelque origine que ce soit. C’est dans cet esprit que nous invitons à l’occasion des écrivains flamands, que nous rendons compte de leurs ouvrages, et que nous comptons des étrangers parmi nos membres. Pour nous, « raciste » et « wallon » sont deux termes qui s’excluent. Mais, ceci dit, nous restons fermement attachés à notre langue, à nos langues, plutôt, le français et les langues régionales, wallon, picard, lorrain, et bien décidés à les illustrer et à les défendre.

Nos principales activités : la revue qui paraît tous les deux mois ; nos séances qui ont lieu à l’Espace Wallonie, 25, rue Marché-aux-Herbes, 1000 Bruxelles, le premier mercredi de chaque mois, à 17h, et au cours desquelles nous présentons trois auteurs. Il en est d’autres :la fête annuelle au cours de laquelle sont remis nos différents prix Nous avons fusionné avec l’Union wallonne des Ecrivains et des Artistes, qui groupait surtout des peintres. Vous trouverez donc aussi, dans notre revue, des pages en couleur présentant des peintres. Nous collaborons régulièrement avec l’Union culturelle wallonne, avec qui nous avons organisé, à Floreffe, une rencontre entre écrivains wallons et francophones.

Pour nous, le français et les langues régionales ne sont nullement deux domaines cloisonnés, mais complémentaires, et qui doivent s’enrichir mutuellement, comme c’était déjà le cas au 16e siècle, au temps de Rabelais et de du Bellay, comme c’est déjà le cas pour d’autres langues d’Europe. Toutes les nuances et subtilités du français, toute la rudesse colorée de nos langues régionales peuvent, selon nous, s’épauler et se prêter la main, et elles ont tout à gagner à le faire.

Que la culture soit, non pas une chapelle, un sanctuaire où il faut montrer patte blanche avant d’entrer ; non pas une foire d’empoigne étourdissante et tonitruante d’où seraient exclus ceux qui ont besoin, pour s’exprimer, du recueillement et du silence ; que la culture soit comme un grand feu dans une clairière, où se rencontrent des hommes et femmes de tous âges, de toute langue, de toute nationalité, de toutes convictions, pour échanger leurs espoirs, leurs craintes, leurs souvenirs les plus précieux et leur foi en l’avenir de l’humanité, si préoccupants que soient les problèmes du moment, c’est notre vœu le plus grand et notre plus cher désir. L’avenir s’avance, toujours, à pas de colombe : ne l’oublions pas, travaillons à lui tracer la voie : les convoyeurs attendent, la culture n’est pas un bien inaliénable, mais une longue pérégrination.

Joseph Bodson