Yves Herlemont, Lablaque et Blanchard, Liège, Dricot, 2013, 204 p.

herlemont 001Ce polar un peu particulier a d’abord un intérêt documentaire dans la mesure où il trace un portrait de La Louvière et de son carnaval, résume à sa manière l’immigration italienne dans la région après la seconde guerre mondiale. Il fait également allusion – car il s’en inspire comme trame narrative principale – à l’assassinat d’un journaliste d’investigation de « La Nouvelle Gazette » en 1989 alors qu’il enquêtait sur l’exploitation d’une main-d’œuvre clandestine dans le domaine du bâtiment.

L’auteur, dont c’est le premier roman, ne manque pas d’ambition. Il tente en effet de raconter de l’intérieur la cohabitation de deux personnalités antagonistes dans le mental d’un schizophrène. Par la même occasion, il se lance dans une mise en abyme du travail de romancier dans la mesure où les aveux d’un assassin sont écrits par celui qui se retrouve au croisement de la réalité et de l’imaginaire, posant dès lors la question de savoir si un écrivain peut être habité par la créature qu’il a inventée.

Sa maîtrise de l’écriture n’est pas encore totale et l’empêche d’être constamment  très claire dans la relation que Herlemont tisse entre son Dr Jekill et son mister Hyde via son propre personnage d’écrivain et la psychanalyste de son roman. Il réussit par contre de belles pages anaphoriques et des portraits d’êtres en mal de reconnaissance sociale.  Et l’ensemble conserve un côté ludique plus que plaisant.

Michel Voiturier