Emmanuel Mahieu – D’écume et de sable – Ed. Deleatur – 169 pages

 

L’auteur nous offre un bouquet de textes choisis, ses « coups de cœur », en une dizaine de parties définies chacune par un thème spécifique. Des poèmes dans lesquels il nous livre pensées et ressentis, nous parle de la vie, en vers classiques ou libres au rythme régulier comme les pas d’un marcheur. La vie plus ou moins belle, selon l’angle et le moment. Car s’il nous chante l’amour ou la nature, thèmes éternels, il déplore aussi les injustices, les inégalités, les horreurs de la guerre et la folie des hommes présente un peu partout depuis la nuit des temps.

« Soudain, un trait d’argent,/ missile d’Orient,/ est allé s’écraser/ dans les flancs du géant. (World Trade Center) »

« Mais du rouge horizon,/ Tissés de verts géants,/ Bientôt resurgiraient/ Les rapaces d’acier.

(Pour le Vietnam et les autres… Memento) »

« Et l’oiseau de la mort/ D’occident est venu/Pour jeter dans leur port/Des forces inconnues.

(Hiroshima,  Nagasaki…et les autres) »

D’un poème à l’autre, les mots nous mènent à d’autres mots, privilégiant la force de l’image et de la couleur, très présentes, au détriment sans doute de la légèreté et de la musicalité. Ces poèmes sont avant tout visuels et, plutôt que de les lire et de les dire, mieux vaut les survoler comme un oiseau et se laisser envahir sur le champ par les images évoquées, marcher sur les traces du poète imprimant ses empreintes dans le sable jusqu’à la prochaine marée… où tout sera effacé. Car nous ne sommes guère que poussières, comme les étoiles et les planètes elles-mêmes. Mais quelles poussières ! Et que de rêves elles permettent au long des pages!

« Reflet doré, par les carreaux,/ Un rayon d’or et de lumière/ s’infiltrait par « la tabatière »/ En un faisceau jaune, rose et chaud […] Je pensais que chaque poussière/ D’eau bleue, d’air pur, de douce terre/ Etait en ses verts éléments / Peuplée de mille êtres mouvants. (Rêves de poussière). »

« Je dessine des mots sur le sable, dit le poète, des mots qui ne durent parfois qu’un instant, emportés par l’écume, la mer et le vent. » Sur le papier, au moins, ils resteront un peu plus longtemps, au lieu de s’égarer dans l’océan et dans les nues…

Isabelle Fable